La cohabitation pacifique entre les communautés en République démocratique du Congo (RDC) est-elle menacée par des ingérences étrangères ? Cette question brûlante a animé un Briefing Spécial organisé ce mardi 11 mars 2025 dans la salle de presse de la RTNC3. En première ligne, Alexis Gisaro Muvunyi, ministre d’État en charge des Infrastructures, Travaux Publics et Reconstruction, a lancé une charge virulente contre le Rwanda, accusé d’exploiter les tensions internes congolaises pour justifier ses incursions en territoire congolais.
« Nous n’avons jamais demandé au Rwanda de venir ici pour protéger notre communauté ! », a-t-il tonné, dénonçant les « prétextes fallacieux » de Kigali. Pour le ministre, membre de la communauté banyamulenge, cette ingérence ne fait qu’envenimer une situation déjà complexe.
Le ministre a insisté sur le fait que la RDC, comme tout État souverain, fait face à des tensions internes, mais que celles-ci sont exacerbées par deux phénomènes majeurs : la prolifération de groupes armés à caractère communautaire et l’ingérence rwandaise. « Un pays voisin, que je qualifierai d’État belliqueux, exploite nos défis internes pour servir ses propres intérêts », a-t-il déclaré.
Alexis Gisaro a dénoncé la récurrence des invasions rwandaises en RDC, affirmant qu’elles ne font qu’aggraver la situation plutôt que de la résoudre. « Nous voulons régler nos problèmes en interne. Nous n’avons pas besoin de l’intervention d’un autre pays pour nous protéger. C’est notre État qui nous protège, comme il protège toutes les autres communautés du pays », a-t-il ajouté.
Membre de la communauté banyamulenge lui-même, le ministre a exprimé son désaccord total avec la stratégie rwandaise, qu’il considère comme une tentative de division et de manipulation des identités. « Nous ne voulons pas servir de marchepied ni de prétexte à des agendas cachés d’un pays voisin », a-t-il affirmé. Il a également mis en garde contre ce qu’il décrit comme un piège tendu par le Rwanda, qui instrumentalise les tensions internes congolaises pour justifier ses interventions militaires.
Alexis Gisaro a rappelé que la communauté internationale a longtemps hésité à condamner le Rwanda en raison du génocide des Tutsis en 1994, une tragédie qu’il a fermement reconnue et condamnée. Cependant, il estime que ce passé ne saurait justifier les exactions actuelles. « Il a fallu presque 30 ans pour que la communauté internationale commence à condamner les invasions rwandaises. Il est difficile d’imaginer, pour eux, que la victime d’hier puisse être le bourreau d’aujourd’hui », a-t-il souligné.
Le ministre a également rappelé que les institutions congolaises comptent des Banyamulenge engagés dans la vie nationale, et qu’il est inacceptable qu’un État étranger s’érige en protecteur autoproclamé d’une communauté. « Le monde dans lequel nous vivons n’est pas une jungle où un État peut se lever et fouler aux pieds les règles internationales impunément », a-t-il averti, réaffirmant ainsi la souveraineté de la RDC face aux interférences extérieures.
Osée MABIALA