RDC | Franc congolais: Wameso préfère le mirage d’une stabilité artificielle à la stabilité sociale !

Alors que le projet de Loi de Finances 2026 est déposé pour examen devant les parlementaires, l’économie congolaise traverse une phase de turbulence induite par sa propre politique monétaire. L’audition du Gouverneur de la Banque Centrale du Congo (BCC), André Wameso, devant la Commission Économique et Financière (ECOFIN) de l’Assemblée nationale, relayée par « Zoom Eco », a confirmé les inquiétudes: la stabilité affichée du Franc Congolais est largement le fruit d’une appréciation artificielle qui menace désormais la santé budgétaire de l’État.

La BCC a volontairement asséché le marché en liquidités en Francs Congolais en imposant aux banques commerciales des réserves obligatoires plus strictes en monnaie locale. Cette politique monétaire restrictive a mécaniquement provoqué la hausse de la valeur du Franc face au Dollar américain. Si cette réussite nominale est célébrée, elle n’est pas soutenue par une amélioration durable des fondamentaux économiques. Elle engendre, comme l’a reconnu Wameso, « une baisse inéluctable des recettes de l’État ». Dans un pays où les calculs fiscaux et les activités d’exportation sont liés au dollar, toute chute rapide du taux de change réduit directement la contre-valeur en CDF des montants collectés par les régies financières, déséquilibrant le cadrage macroéconomique du budget 2026.

Une coordination institutionnelle défaillante

Le problème fondamental de cette situation réside dans l’absence criante de coordination entre l’institution monétaire et le ministère des Finances. En forçant l’appréciation du Franc sans simulation préalable de ses effets fiscaux, la BCC a ébranlé les bases mêmes sur lesquelles sont construites les prévisions de recettes et de dépenses publiques. Face à la contraction budgétaire, le Gouverneur a évoqué une série de mesures compensatoires jugées fragiles par les experts. Ces demi-mesures incluent « la suppression des exonérations fiscales, l’espérance d’une hausse de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) par la consommation, et la compensation par la montée du prix des matières premières ».

L’alerte des économistes face au déni budgétaire

Le Professeur Godé Mpoy a sévèrement critiqué cette approche, soulignant son déni économique. Il a affirmé avec force: « La BCC reconnaît enfin qu’il y aura baisse des recettes de l’État, mais propose malheureusement d’autres demi-mesures pour compenser la perte des recettes. La BCC compte sur la suppression de certaines exonérations, l’augmentation de la TVA par la consommation et la hausse du prix du cuivre. Ces mesurettes ne fonctionneront pas ».
L’universitaire estime que la hausse de la TVA est illusoire dans une économie structurellement dollarisée où les paiements irréguliers des agents publics freinent toute expansion significative de la consommation de masse.

Un impact social ignoré

Les conséquences de cette politique monétaire unilatérale se répercutent douloureusement sur le Congolais lambda. La réduction des rentrées fiscales entraîne des difficultés pour l’État à honorer ses engagements, faisant peser une menace sur le paiement régulier des salaires publics. De plus, l’appréciation forcée profite principalement à une minorité d’importateurs, tandis que les exportateurs voient leurs marges s’étrangler. Dans les faits, le citoyen ordinaire ne constate pas de baisse significative du coût de la vie, puisque l’économie de détail et les prix des biens essentiels importés demeurent ancrés au dollar.

Sans une réorientation rapide et une concertation effective entre les autorités monétaires et budgétaires, l’exécution de la Loi de Finances 2026 risque d’être grevée par des déséquilibres majeurs, sacrifiant la stabilité sociale au profit d’une simple illusion monétaire.

MATSHI Darnell

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