L’annonce a fait le tour des réseaux sociaux et des médias, aussi bien nationaux qu’internationaux. Dans la nuit du 15 décembre, un communiqué de l’AFC-M23 annonçait son retrait unilatéral, sous conditions, de la ville d’Uvira dans le Sud-Kivu, quelques jours seulement après l’avoir occupée.
Interrogé par France 24 ce 16 décembre, le ministre de la Communication et Médias, et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a fixé l’opinion sur le point de vue de Kinshasa. Pour lui, l’essentiel n’est pas l’annonce du retrait, mais la situation vécue par les populations sur le terrain.
« Nous sommes plutôt préoccupés par la situation des intimidations et des menaces qu’ont subies nos populations ce matin, du fait justement de l’action du Rwanda à travers son supplétif du M23, une manifestation de mascarade qui s’est organisée sous des coups de fouet d’intimidation sur nos populations », a-t-il déclaré.
Muyaya estime que l’annonce faite par l’AFC-M23 de son retrait d’Uvira n’est qu’un écran de fumée. « Pour le reste, c’est un non-événement et c’est une diversion », tranche-t-il, rappelant que le M23 « a toujours dit n’être pas concerné par le processus de Washington ».
Cette sortie du M23 intervient alors que la pression internationale vise directement Kigali. Muyaya évoque notamment « l’ambassadeur américain au Conseil de Sécurité » et « le tweet du secrétaire d’État Rubio qui met la responsabilité du Rwanda d’être concerné par le processus de Washington ». Et le ministre de s’interroger : « Mais pourquoi c’est le M23 qui doit venir un peu comme s’offrir pour dire, écoutez, c’est moi le fautif, je vais quitter Uvira ? »
Pour Kinshasa, l’annonce du retrait relève d’une manœuvre destinée à détourner l’attention du médiateur américain : « Il est évident que c’est une manœuvre qui vise à distraire le médiateur américain qui est engagé à prendre des actions ».
Patrick Muyaya dénonce des actes jugés incompatibles avec les engagements internationaux. « Il est inacceptable que Kigali, qui tire de missiles à partir de son territoire sur le nôtre… il est irresponsable que Kigali utilise des drones kamikazes sur des cibles civiles », ajoute-t-il, évoquant la situation à Uvira.
Le caractère non contraignant de l’accord de Washington et d’éventuelles sanctions
Le ministre Muyaya rappelle que deux cadres diplomatiques sont en cours. « Nous sommes dans deux processus : il y a le processus de Washington, il y a le processus de Doha », souligne-t-il, tout en rappelant que malgré la cérémonie du 4 décembre à Washington, « l’offensive s’est généralisée ».
Patrick Muyaya s’appuie également sur les rapports internationaux. « Il est établi par tous les rapports, y compris le dernier rapport du groupe d’experts de Nations Unies, qu’au moins 7000 militaires rwandais sont engagés sur le front de la RDC », affirme-t-il.
Sur la question des sanctions et du retrait, la position du gouvernement reste ferme. « C’est le retrait sans condition dans toutes les parties occupées par le Rwanda en République démocratique du Congo », martèle-t-il, évoquant « le jeu du père et du fils… l’ AFC-M23, brigade avancée, et le Rwanda le père ».
Quant à la viabilité de l’accord de Washington, Patrick Muyaya se veut catégorique : « Fort et pleinement viable ». Il réaffirme la confiance de Kinshasa dans la médiation américaine, tout en pointant les pratiques de Kigali. « Nous connaissons l’attitude du président Kagame, ça fait bien longtemps qu’il n’a pas l’habitude de respecter les accords », conclut-il, estimant que « ces agissements du président Kagame traduisent justement… des activités qui se nourrissent des drames dans l’est de la République démocratique du Congo ».
Osée MABIALA