Alors que des images relayées sur les réseaux sociaux suggéraient un départ des troupes de la coalition AFC-M23/RDF de la ville stratégique d’Uvira le 15 décembre dernier, l’armée régulière congolaise apporte un démenti formel. Dans une communication officielle datée du 20 décembre 2025, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) qualifient ce mouvement de « diversion » et de « simple coup médiatique ».
Pour les autorités militaires, le retrait annoncé n’est qu’un stratagème visant à « détourner la pression internationale ». Le Général Major Sylvain Ekenge Bomusa Efomi souligne que cette manœuvre atteste de la « mauvaise foi flagrante du Rwanda dans le respect de ses engagements ». Selon l’armée, la réalité du terrain contredit les annonces officielles : des combattants rwandais seraient toujours présents dans Uvira centre, dissimulés sous des uniformes de la police rwandaise ou en tenue civile.
Les FARDC rapportent une présence continue au port de Kalundu et à la frontière burundaise, ainsi que le maintien de barrières opérationnelles. « On ne peut pas se retirer d’Uvira et, au même moment, continuer les combats dans et au-delà de la ville », déclarent les forces régulières, précisant que des affrontements violents ont encore eu lieu à Kasekezi, localité située à 35 kilomètres au sud d’Uvira.
Manœuvres de redéploiement vers les hauts plateaux
L’analyse des mouvements de troupes indique que la coalition n’a pas regagné ses positions initiales. La communication de l’armée précise que « la petite troupe qui s’est faite filmer a, une fois partie de la ville, pris la direction et s’est installée peu après dans les collines des Moyens et Hauts plateaux d’Uvira pour se dissimuler ». D’autres unités tenteraient de faire jonction avec des groupes armés locaux vers Fizi.
L’armée s’appuie également sur les déclarations de Willy Ngoma, porte-parole de l’AFC/M23, qui aurait affirmé dans une vidéo que le mouvement ne laisserait « jamais » la ville. Les FARDC exhortent ainsi les médiateurs américains et qataris à ne pas « prêter foi aux déclarations des Rwandais et de leurs supplétifs », qualifiant leurs méthodes de « stratagèmes et tromperies ».
Cette persistance à Uvira s’inscrit dans une stratégie d’expansion territoriale méthodique. L’invasion a débuté en juin 2022 avec l’occupation de la cité frontalière de Bunagana. Depuis, l’AFC-M23 a étendu son emprise sur de vastes zones, notamment Rutshuru, Kiwanja et Kitchanga. Cette progression fulgurante a fini par atteindre la ville de Goma, au Nord-Kivu, et Bukavu, au Sud-Kivu.
Rémy NSIMBA