La République démocratique du Congo fait face à une nouvelle alerte sanitaire majeure. Déjà confronté à sa 17ᵉ épidémie d’Ebola depuis 1976, le pays a enregistré à ce jour 136 décès probables liés au virus, tandis que 32 cas positifs ont été confirmés en laboratoire et que 543 cas suspects restent sous surveillance dans les communautés.
Ces chiffres ont été dévoilés mardi 19 mai 2026 lors d’un Spécial Briefing Presse organisé au Studio Maman Angebi de la RTNC par le ministère de la Communication et Médias.
Autour du porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, plusieurs figures majeures de la riposte sanitaire ont pris part à cette rencontre, notamment le ministre de la Santé publique, Roger Samuel Kamba Mulamba, le directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale, Jean-Jacques Muyembe Tamfum, ainsi que le patron d’Africa CDC, Jean Kaseya, en séjour à Kinshasa.

Cette communication officielle intervient après une réunion de crise présidée par le Chef de l’État autour de l’évolution de l’épidémie signalée à Mungwalu, en Ituri.
Les autorités sanitaires ont confirmé que quatre zones de santé de l’Ituri sont actuellement touchées : Mungwalu, Bunia, Rwampara et Nyakunde.
Mais au-delà de cette province, l’inquiétude grandit avec l’apparition de cas dans deux grandes villes stratégiques de l’Est : Butembo et Goma.

La présence d’un cas à Goma attire particulièrement l’attention des autorités sanitaires en raison de la forte densité démographique de cette ville et de son importante mobilité transfrontalière avec les pays voisins.
Selon les données présentées, 69 malades sont actuellement pris en charge dans des centres de traitement spécialisés.
Le professeur Jean-Jacques Muyembe Tamfum a toutefois précisé que les 136 décès recensés restent des décès « probables », plusieurs victimes étant décédées dans les communautés avant même leur admission dans des structures sanitaires.
« Nous menons une recherche active dans les communautés afin de déterminer les circonstances des décès signalés dans les familles », a expliqué le scientifique congolais.

Les experts ont indiqué que la souche actuellement identifiée diffère de l’Ebola-Zaïre, considérée comme la variante la plus meurtrière du virus.
Selon le Dr Jean-Jacques Muyembe Tamfum, Ebola-Zaïre provoque des formes sévères avec plus de 50 % de manifestations hémorragiques et un taux de mortalité dépassant 80 %.
La souche Bundibugyo actuellement observée présente, en revanche, des symptômes moins spectaculaires. Au début de l’infection, les malades développent des signes proches du paludisme ou d’autres infections courantes, ce qui complique souvent le diagnostic précoce.
Les saignements apparaissent généralement plus tardivement et la mortalité tourne autour de 40 %, soit un niveau nettement inférieur à celui d’Ebola-Zaïre.
« Nous ne disposons ni de vaccin ni de traitement curatif », a reconnu le Dr Jean-Jacques Muyembe Tamfum.

Le virologue a néanmoins annoncé que des recherches seront lancées dans les prochains jours afin d’expérimenter des candidats vaccins et des molécules thérapeutiques contre cette souche.
Face à la menace, le Gouvernement affirme avoir déclenché une réponse d’urgence impliquant plusieurs ministères.
« Cette question est transversale parce qu’elle implique d’autres ministères au-delà du ministère de la Santé », a déclaré Patrick Muyaya Katembwe.
Le porte-parole du Gouvernement a indiqué que les ministères de la Défense, des Transports, de l’Intérieur et des Finances ont été associés aux discussions afin de coordonner la réponse nationale.

Sur le terrain, les autorités annoncent déjà le déploiement d’équipes médicales supplémentaires et le renforcement des mesures de protection du personnel soignant afin de limiter les contaminations dans les structures de santé.
Le ministre de la Santé a révélé que 14 tonnes d’équipements médicaux étaient en cours d’acheminement à Bunia avec l’appui de l’UNICEF.
« Nous avons réagi rapidement », a assuré Roger Samuel Kamba Mulamba.

Le laboratoire de Bunia a également été renforcé afin de permettre un dépistage plus rapide des cas suspects.
Les autorités sanitaires ont rappelé que la RDC possède une longue expérience dans la lutte contre Ebola.
Depuis l’apparition du virus en 1976 à Yambuku, dans l’ex-Zaïre, le pays a déjà affronté 17 épidémies.
Selon les experts, 15 de ces flambées ont été maîtrisées sans vaccin ni traitement spécifique, grâce essentiellement aux mesures classiques de santé publique : isolement rapide des patients, enterrements sécurisés, désinfection des zones contaminées et interruption de la chaîne de transmission.
Cette expertise acquise au fil des décennies reste aujourd’hui l’un des principaux atouts de la RDC dans la gestion de cette nouvelle flambée épidémique.
Osée MABIALA