De la fin crépusculaire du maréchal Mobutu aux soubresauts de l’ère Kabila, le chemin démocratique de la République démocratique du Congo a toujours été pavé de fièvre. Aujourd’hui, alors que le second mandat du président Félix Tshisekedi approche de son terme, une nouvelle crispation s’installe. La cause : la détermination du pouvoir à cbanger la Constitution. Pour l’opposition, il s’agit d’une manœuvre destinée à prolonger artificiellement le bail présidentiel. Voilà qui a embrasé Kinshasa ce vendredi 12 juin, jour où le sit-in de l’opposition a viré en affrontement violent.

Le bilan gouvernemental
Pour le pouvoir central, la ligne est claire. Eugénie Tshela, vice-ministre de l’Intérieur, a balayé les critiques d’un revers de main, qualifiant la journée de « mise en scène orchestrée par l’opposition », allant jusqu’à évoquer l’usage de « sang d’animaux » pour simuler des blessures. Un discours repris par le porte-parole du gouvernement provincial de Kinshasa, le Dr Gongo Abakazi, qui a dénoncé des « troubles à l’ordre public » tout en dressant un bilan minimaliste : aucun décès, vingt blessés légers et cinq véhicules incendiés. L’exécutif, tout en félicitant la « bravoure » des forces de l’ordre, pointe du doigt un mode opératoire qu’il juge criminel : le recrutement d’individus désœuvrés par l’opposition.

Le cri d’alarme de l’opposition et de la société civile
La réalité décrite par les opposants et les observateurs internationaux est aux antipodes de cette version officielle. Joseph Olenghankoy, président du Conseil national de suivi de l’Accord de la Saint-Sylvestre (CNSA), évoque un bilan dramatique : dix morts, quinze disparus et 176 blessés graves. Une « tyrannie extrême » dénoncée avec la même vigueur par Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga et président du parti Ensemble pour la République, qui accuse nommément le président Tshisekedi d’avoir « du sang sur les mains ».

L’organisation Human Rights Watch, par la voix d’Ida Sawyer, directrice pour l’Afrique centrale, confirme la gravité des événements. Le rapport souligne une réalité troublante : la présence active des « Forces du Progrès », une milice officieusement liée à l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), opérant en symbiose, voire en complicité tacite, avec une police restée spectatrice. Des figures de proue de l’opposition, dont Martin Fayulu, président de l’ECiDé, et Delly Sesanga, président d’Envol, auraient été violemment pris à partie, certains se retrouvant assiégés au sein même du siège de l’ECiDé. Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation de l’ancien président Joseph Kabila, a également dénoncé l’usage de « tirs à balles réelles », réclamant, à l’instar de la communauté internationale, une enquête indépendante.

Un pays à la croisée des chemins
Cette journée du 12 juin 2026 marque un tournant. Si le gouvernement vante son attachement à l’État de droit, les images circulant sur les réseaux sociaux et les témoignages concordants dressent le portrait d’une répression brutale. Entre la rhétorique officielle d’une opposition manipulatrice et les preuves documentées d’une violence aveugle, la fracture est profonde. Au cœur de ce bras de fer : une Constitution, torchon pour les uns, mais pacte social pour les autres. L’opposition entre les deux camps devient, jour après jour, le catalyseur d’une instabilité inquiétante.

Alors que Kinshasa s’enlise dans ses batailles politiques, l’Est du pays s’embrase : Nord et Sud-Kivu sous la férule du M23, l’Ituri ravagé par les milices, et désormais le Haut-Uélé où les ADF ont atteint Isiro. Autant de fronts qui annoncent un avenir proche miné par l’instabilité et la peur.
MATSHI Darnell