Restée en retrait des débats constitutionnels depuis un moment, l’Église catholique a choisi de rompre son silence. À travers Justice et Paix Congo, elle a livré un rapport de monitoring qui documente les violences survenues lors du sit-in organisé par la Coalition Article 64 (C64) le 12 juin à Kinshasa. Ce travail d’observation, met en lumière une crise où la contestation constitutionnelle s’est transformée en affrontement sanglant.
Le bilan dressé est lourd : « au moins deux manifestants tués », écrit le communiqué, précisant qu’« un par balle dont le corps a été emporté dans un véhicule de la police et l’autre par des coups de bâtons et des pierres ». Justice et Paix Congo/CENCO ajoute que « plusieurs dizaines de personnes ont été blessées, surtout parmi les manifestants », et que « quelques dizaines ont été interpellées ». Enfin, « plusieurs cas d’extorsions des biens par la Force de progrès » sont relevés.
Le rapport souligne d’abord l’échec du dialogue préalable. La veille de la manifestation, le gouverneur de Kinshasa avait proposé de délocaliser le sit-in vers le terrain Assossa et de le tenir l’après-midi. Mais la C64 a rejeté ces conditions. « Demander aux organisateurs de délocaliser une manifestation à quelques heures de sa tenue peut paraître comme un stratagème de démobilisation », note le communiqué. Ce refus a scellé l’impasse et ouvert la voie à la confrontation.
Force du progrès…
Deuxième constat majeur : l’implication directe de la Force du progrès, branche jeunesse de l’UDPS. Les moniteurs rapportent des attaques ciblées contre les sièges de partis d’opposition, dont l’ECIDE et FONUS. Justice et Paix Congo insiste : « La neutralisation de la Force du progrès qui opère au grand jour comme une milice appartenant au parti au pouvoir » est indispensable. L’usage de ces groupes, tolérés par les autorités, brouille les frontières entre militantisme et violence organisée.
Usage disproportionné de la force
Le rapport dénonce aussi l’attitude des forces de l’ordre. « La police a fait un usage disproportionné de la force », affirme le communiqué, mentionnant tirs à balles réelles, interpellations arbitraires et extorsions. Plus grave encore, le document souligne la collaboration entre forces officielles et structures partisanes : « La police et la Force de progrès ont échangé également des jets de pierres et autres objets avec les manifestants », une phrase qui illustre la confusion des rôles.
Recyclage et renforcement des capacités réguliers de la Police…
Au-delà du constat, Justice et Paix Congo appelle à des réformes. Elle recommande « l’adoption d’un cadre légal moderne » pour encadrer les manifestations, en remplacement du décret-loi de 1999 jugé obsolète. Elle insiste sur « le recyclage et le renforcement des capacités réguliers de la Police » afin de garantir la protection des droits humains. Une enquête indépendante est également demandée pour traduire les auteurs des violations devant la justice.
L’Église catholique, en brisant son silence, place les autorités devant leurs responsabilités. Le rapport conclut : « Les libertés publiques, socle de la participation citoyenne et de l’expression pluraliste des opinions, sont pour toute démocratie ce que vaut le sang pour le corps humain ». Dans un pays où la réforme constitutionnelle suscite déjà des suspicions, ce témoignage vient rappeler que la démocratie ne peut se construire sur la violence, mais sur le respect des droits et la neutralité des institutions.
MATSHI Darnell