À Kinshasa, la précaire tentative de décrispation politique vacille sous le poids des tensions de rue. Dans un communiqué conjoint publié ce samedi 8 août, la Coalition Article 64 (C64), regroupant les principales figures de l’opposition congolaise, prend acte du transfèrement des anciens dignitaires du régime Kabila, Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary, vers un lieu de détention officiel. Après plus de deux cents jours d’incarcération clandestine, les deux cadres du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) sortent de l’ombre judiciaire. La plateforme d’opposition « exige qu’ils soient présentés devant leur juge naturel pour un procès équitable dans le respect strict des droits fondamentaux garantis à tous les citoyens ». L’engagement porte la griffe de poids lourds : Martin Fayulu (ECiDé), Moïse Katumbi (Ensemble pour la République), Augustin Matata Ponyo (LGD), Delly Sesanga (Envol) et Jean-Marc Kabund (A.Ch).
Sur le front civil, un signal d’apaisement prudent a néanmoins été salué par la coalition. Évoquant le dossier du porte-parole de Moïse Katumbi, la C64 « note avec satisfaction la restitution à Olivier Kamitatu de son passeport, précédemment confisqué ». Les opposants déclarent considérer « cette mesure comme un geste contribuant à la décrispation du climat politique », tout en souhaitant « qu’elle soit étendue aux autres membres de l’Opposition se trouvant dans la même situation ».
Ce mince espoir de normalisation se heurte toutefois au regain de brutalité constaté sur le terrain. La coalition hausse le ton et « condamne avec la plus grande fermeté les attaques perpétrées contre les membres des partis de la C64 au Camp Luka à l’occasion d’une réunion politique le 6 août, ainsi que celles dirigées contre le siège de l’ECiDé le 7 août ». Dénonçant des agissements « incompatibles avec les principes de l’État de droit, le pluralisme politique et l’exercice des libertés publiques », les signataires accusent le pouvoir d’entretenir un climat d’intimidation systématique pour paralyser toute contestation organisée.
Loin de reculer face à ces revers sécuritaires, les leaders de l’opposition font monter les enchères politiques. Ils réaffirment que « l’échéance du 15 août demeure inchangée » et préviennent qu’« à l’expiration du délai fixé, et à défaut de réponses concrètes aux exigences formulées, la Coalition reprogrammera sa marche ». La C64 exige notamment la libération de l’ensemble des prisonniers politiques, le respect strict de l’ordre constitutionnel et des garanties claires sur l’exercice des libertés démocratiques avant d’engager le moindre dialogue structuré avec la majorité.
Face au risque d’escalade, les ténors du regroupement cherchent à bâtir un rapport de force populaire. Ils appellent leurs militants et « l’ensemble des citoyens attachés à la défense de l’ordre constitutionnel à demeurer vigilants et mobilisés en répondant nombreux aux activités préparatoires ». Ils martèlent enfin que « les actes d’intimidation et de violence ne sauraient remettre en cause l’exercice des droits constitutionnels », confirmant que la date du 15 août constituera le véritable test de résistance entre le gouvernement et l’opposition.
HRM