La République démocratique du Congo affiche des performances macroéconomiques solides. En 2025, son PIB a progressé de 5,5 %, un rythme supérieur à la moyenne régionale. Pourtant, derrière ces chiffres encourageants se cache un paradoxe inquiétant : cette croissance ne profite pas à la majorité des Congolais, tandis que des entreprises publiques minées par des pertes chroniques menacent l’équilibre budgétaire de l’État.
Un moteur minier qui tourne à vide pour le social
La Banque mondiale observe que « la croissance du PIB réel est restée fortement concentrée dans des secteurs à forte intensité de capital, et la création d’emplois formels a été limitée ». Le résultat est sans appel : 81,7 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Le secteur minier, véritable moteur de l’expansion, ne génère que 2,6 % des emplois formels, alors qu’il pèse pour 40 % de la production nationale.
Le gouffre financier des entreprises publiques
Au-delà de ce paradoxe social, le rapport met en lumière une autre fragilité majeure : la déliquescence des entreprises publiques. Entre 2014 et 2023, elles ont accumulé des pertes estimées à 5,3 milliards de dollars, soit l’équivalent du budget annuel du secteur de la santé. La Banque mondiale souligne que « les résultats financiers médiocres des entreprises publiques sont enracinés dans de graves défaillances de gouvernance ». La Société nationale d’électricité (SNEL) concentre à elle seule 75 % de la dette, suivie par Gécamines (16 %).
Ces entreprises, censées fournir des services essentiels, sont aujourd’hui incapables de remplir leurs missions. Le rapport note que « l’accès limité et peu fiable à l’électricité augmente les coûts pour les entreprises et mine la compétitivité », tandis que les défaillances de la REGIDESO affectent directement la santé des ménages. La situation sociale y est critique : les arriérés de salaires dépassent parfois 100 mois, et les dettes fiscales de ces entités représentent 1,6 % du PIB.
L’urgence d’une réforme structurelle
Face à ce constat, la Banque mondiale formule des recommandations claires. Elle appelle à « une professionnalisation accrue de la fonction de propriété de l’État » et à une séparation nette entre les activités commerciales et les missions de service public. Le rapport insiste sur la nécessité de « conseils d’administration compétents et indépendants, de contraintes budgétaires strictes et d’une tarification reflétant les coûts ». En somme, une réforme imposant discipline financière et transparence.
Les simulations sont parlantes : une réforme efficace des grandes entreprises publiques pourrait réduire les pertes fiscales de 33 à 61 millions de dollars par an et doper la productivité globale de près de deux points de croissance. À l’inverse, un défaut généralisé coûterait jusqu’à 179 millions de dollars en une seule année.
Le paradoxe congolais est donc double. D’un côté, une croissance robuste mais socialement stérile ; de l’autre, des entreprises publiques en faillite qui absorbent des ressources vitales. La Banque mondiale avertit : « Sans changement structurel vers des secteurs créateurs d’emplois et une réforme cohérente des entreprises publiques, les bénéfices de la croissance continueront de s’accumuler pour une minorité ».
La RDC se trouve à la croisée des chemins. Si elle parvient à transformer ses entreprises publiques et à diversifier son économie, la croissance pourra enfin se traduire en progrès social. Faute de quoi, le pays restera prisonnier d’une prospérité minière qui enrichit quelques-uns et laisse la majorité dans le dénuement.
MATSHI Darnell