Ce matin du 7 décembre 2024, les conversations ont tourné autour d’un seul sujet au quartier Yolo la commune de Kalamu: l’Opération Ndobo, entendez Hameçon lancé pour lutter contre le phénomène Kuluna. Si quelques-uns parmi la population craignent pour leurs enfants qui versent dans ce banditisme, beaucoup ont accueilli la nouvelle de cette opération comme un ouf de soulagement. «Qu’on les arrête, ces enfants exagèrent. Ils se battent à tout moment et volent les honnêtes gens», lance une dame derrière son étable, en regardant les camionnettes récemment remises à la Police par le ministère de l’intérieur, appelées «Kabasele», passées, la sirène à fond. Un monsieur à côté, la cinquantaine révolue d’ajouter: «J’ai entendu qu’on va les tuer!». Et un autre, plus jeune, de le reprendre: «On n’a pas dit ça, ils vont être jugés en procédure de flagrance».
Plus de 400 présumés Kuluna arrêtés…
L’on renseigne que plus de 400 présumés inciviques «Kuluna» ont été arrêtés par la police nationale congolaise (PNC) lors des bouclages dans les quatre districts de la ville de Kinshasa. Ils ont été présentés ce samedi au Vice-premier ministre chargé de l’Intérieur et sécurité, Jacquemain Shabani, lors d’une ronde.
«Nos frères et sœurs que nous avons arrêtés aujourd’hui, nous les avions mis en garde depuis un temps et nous avions lancé un message aux parents à l’encadrement de leurs enfants. Maintenant, nous sommes passés à une autre étape, nous les arrêtons et les traduisons en justice pour qu’ils soient jugés et purgent leur peine afin que la paix règne dans nos cités, quartiers et avenues », a indiqué le VPM de l’Intérieur et Sécurité
L’opération «Ndobo» est à sa première semaine. Elle va s’organiser hebdomadairement et s’étendre sur les grandes villes du pays afin d’éradiquer le Kuluna. Comme l’avait dit le ministre d’Etat en charge de la Justice lors d’une audience foraine au quartier Camp Luka, le but est de dissuader les jeunes à se livrer au Kuluna.
«Maintenant que tout le monde connaît, tous ceux qui veulent abandonner, c’est le moment. Ceux qui savent que leurs proches sont membres des groupes insurrectionnels, il faut leur dire d’abandonner. Les commissariats de la police sont là, où ils peuvent déposer leurs effets, puisque nous voulons la paix dans nos villes», a insisté Jacquemain Shabani.
Une étape, mais pas la solution
Le ministre de l’Intérieur a averti que ces délinquants seront déférés devant leur juge naturel en procédure de flagrance, afin d’être jugés et condamnés éventuellement, conformément à la loi.
Si l’opération Ndobo donne déjà des premiers signaux de quiétude dans les quartiers populaires, rien ne garantit l’éradication du phénomène kuluna car le problème n’est pas pris en charge à partir de la racine. Dans une interview à www.focus-actu.cd, le professeur Raoul Kienge-Kienge, Directeur de l’Ecole de criminologie affirmait déjà que «le gouvernement est dans la circularité de la gestion du problème kuluna». Il avait rappelé qu’en son temps, le ministre de la Justice Luzolo Bambi avait aussi organisé des audiences foraines sans grand résultat. Il avait rappelé les opérations Likofi 1, 2 3, ou encore Panthère noire.
Comme beaucoup, le prof Raoul Kienge-Kienge est convaincu que le problème des Kuluna n’est pas un problème judiciaire, mais un problème d’accès des jeunes aux droits économiques et sociaux. Il soutient la nécessité d’une politique tournée vers l’accès des jeunes aux droits économiques et sociaux, en mettant à profit les ministères de l’Industrie, du Plan, des Affaires sociales, de la Formation technique,… afin de créer des emplois pour ces jeunes-là. Ce, notamment en améliorant le projet Kaniama Kasese et en l’étendant à d’autres provinces.
Hugo Robert MABIALA