Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, a échangé avec les auditeurs du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD), ce samedi 13 avril, à l’amphithéâtre Tshanzu, au siège de cette prestigieuse institution.
Autour du thème « Connaissance des médias et communication de crise », le porte-parole du gouvernement a livré un exposé dense, s’appuyant sur son expérience à la tête de la communication gouvernementale face aux turbulences.
Dès le début, Patrick Muyaya a établi une analogie forte : « La communication est comme la sécurité », affirmant que « le respect des consignes revêt un caractère obligatoire pour atteindre les résultats escomptés ». Il a rappelé que la communication intervient « avant, pendant et après » une crise, soulignant l’importance de sa maîtrise stratégique.
Évoquant son entrée en fonction, le ministre a partagé une double épreuve inaugurale : la gestion simultanée de l’instauration de l’état de siège et l’éruption du volcan Nyiragongo. Deux situations complexes qui exigeaient « une communication spécifique pour gérer tous les acteurs ou intervenants jusqu’à revenir à la vie normale ».
Patrick Muyaya a mis en garde contre l’influence croissante des réseaux sociaux sur l’opinion publique, dénonçant la précarité dans laquelle se retrouvent certains médias traditionnels : « Plusieurs médias, surtout les généralistes, sont malmenés par les internautes sachant tout connaître », a-t-il affirmé. Pour lui, seule une approche rigoureuse et professionnelle permet de regagner la confiance du public : « Si vous ne donniez pas la bonne information, vous donnez la place à la mauvaise », a-t-il averti, plaidant pour la crédibilisation des contenus diffusés.
Il a encouragé l’auditoire à faire confiance aux médias publics comme la RTNC et l’ACP, tout en saluant quelques médias privés qui se démarquent positivement.
Abordant le contexte géopolitique dans l’Est du pays, le ministre n’a pas mâché ses mots. « Vous devez savoir que le Rwanda nous mène une guerre économique pour sa survie. Tandis que l’Ouganda n’a pas des visées expansionnistes comme le Rwanda », a-t-il expliqué, en évoquant les motivations du régime de Kigali : « L’expansion territoriale, le repeuplement, le contrôle et le pillage des ressources, l’extension de la sphère d’influence et la survie politico-économique ».
Il a aussi dénoncé les prétextes évoqués par le Rwanda pour justifier ses interventions, citant notamment « la présence et l’armement des FDLR par les FARDC, la protection de la communauté tutsi et les revendications sur le non-respect de l’accord du 23 mars ».
Dans son diagnostic, Patrick Muyaya a mis en lumière la nature hybride du conflit, dénonçant la guerre de l’information orchestrée par Kigali : « Le poison rwandais est un mensonge bien orchestré et propagé par l’armée numérique rwandaise dans le but de nous affaiblir », a-t-il martelé, saluant au passage la prise de conscience croissante des Congolais face à ces manipulations.
Il a précisé que la RDC se bat sur plusieurs fronts : « militaire, diplomatique, médiatique, judiciaire et économique », insistant sur la nécessité d’une mobilisation intellectuelle et stratégique : « Dans les relations entre nations, ce sont les intérêts qui comptent et non l’empathie ».
Le ministre a révélé qu’une cellule de crise a été mise en place suite au discours du Chef de l’État le 29 janvier 2025, pour « répondre vigoureusement à la désinformation en provenance de l’armée numérique rwandaise et ses alliés ». Il a mis en avant les piliers d’une communication de crise efficace : « Prendre conscience de la crise, réunir les informations nécessaires, mesurer l’impact, choisir les bons canaux, partager les messages et tirer les leçons », avant d’alerter : « La pire des stratégies à éviter à tout prix pour échapper à d’autres catastrophes dans la crise est celle du déni ».
À travers cet échange, le ministre a non seulement transmis un savoir stratégique précieux à ces futurs cadres militaires, mais a aussi souligné le rôle capital de l’information dans les batailles contemporaines.
Osée MABIALA