RDC-Discours sur l’état de la Nation : Tshisekedi place quatre priorités stratégiques au cœur du retour de la paix à l’Est

Devant le Congrès réuni ce lundi 8 décembre au Palais du Peuple, le président Félix-Antoine Tshisekedi a ouvert son discours sur l’état de la Nation en dévoilant les quatre axes qui guideront désormais la réponse de l’État face à la guerre d’agression dans l’Est. « Quatre priorités s’imposent désormais à notre action », a-t-il annoncé, avant de décliner une feuille de route qui, selon lui, doit ancrer durablement la paix.

Le Chef de l’État a d’abord insisté sur la nécessité « d’obtenir le retrait total et vérifiable de toute force armée étrangère opérant sur notre territoire, qu’elle soit officielle ou dissimulée derrière des groupes relais ». Il a ensuite évoqué l’urgence de « couper les circuits financiers et logistiques de la violence », en s’attaquant à « l’exploitation illicite de l’or, du coltan, du cobalt et d’autres ressources, ainsi que la contrebande qui alimente ces réseaux ».
La protection des populations arrive en troisième priorité, avec l’engagement d’« assurer la protection effective des civils, en particulier des femmes et des enfants, et garantir l’accès humanitaire aux zones affectées ». Enfin, le président appelle à « ancrer la paix dans la durée », par une combinaison de fermeté sécuritaire, de développement local et de réconciliation communautaire.

D’emblée, le président est revenu sur une année 2025 qu’il décrit comme l’une des plus sombres du pays. « Loin d’être une parenthèse dans notre histoire récente, l’année 2025 aura vu l’Est de notre pays plonger dans l’une des périodes les plus sombres de ces dernières décennies », a-t-il déclaré.

Il a dénoncé la nouvelle offensive de la coalition AFC–M23, « bénéficiant du soutien direct de l’armée rwandaise », qui s’est emparée de Goma et Bukavu, élargissant son emprise sur de vastes zones du Nord et du Sud-Kivu. Violations massives des droits humains, exécutions sommaires, violences sexuelles et déplacements forcés ont, selon lui, rythmé ce chapitre tragique.

« Qu’on ne s’y trompe pas », a averti le président, « nous ne sommes ni face à un simple conflit communautaire, ni devant une rébellion interne de plus. Il s’agit d’une guerre d’agression par procuration visant à contester notre souveraineté ».

Le président a salué la résilience des forces armées, décrivant une « résistance farouche » malgré des conditions de terrain extrêmement difficiles. Il s’est recueilli « devant la mémoire de toutes les victimes des conflits et des violences », affirmant : « Votre souffrance ne nous est ni étrangère ni indifférente, l’État est et restera à vos côtés ».

Il a également rendu hommage aux soldats et aux patriotes wazalendo « qui, au prix de sacrifices considérables, veillent sur nos frontières et protègent nos communautés ».

Soulignant la dynamique changeante du front, Tshisekedi a indiqué avoir engagé « une reconfiguration en profondeur » du dispositif de défense, avec le redéploiement des moyens, le renforcement du renseignement et la lutte contre les réseaux de contrebande.

Sur le plan international, il a rappelé le retrait progressif de la MONUSCO, la fin du mandat de la mission de la SADEC et la volonté de l’État de privilégier « une souveraineté renforcée » plutôt qu’« une logique d’assistance sans horizon ». Ces évolutions, affirme-t-il, « ne traduisent aucun repli sur soi ».

Le président est largement revenu sur deux séquences diplomatiques majeures : l’Accord de Washington du 27 juin 2025, entériné le 4 décembre avec le Rwanda et l’Accord-cadre de Doha du 15 novembre 2025 conclu avec l’AFC–M23.

Concernant Washington, il a rappelé que cet accord prévoit « le retrait des troupes rwandaises de notre territoire », le démantèlement des groupes armés étrangers, un mécanisme conjoint de sécurité, ainsi qu’un cadre d’intégration régionale conditionné au respect de la souveraineté congolaise.

À propos de Doha, il a souligné que cet accord-cadre fixe les bases d’un processus de désengagement militaire, de cantonnement, de désarmement et de rétablissement de l’autorité de l’État.

Avec fermeté, il a clarifié : « Ces accords ne consacrent aucune forme de partage de notre souveraineté. Ils ne valident ni les prétentions territoriales de qui que ce soit, ni la mise sous tutelle de nos ressources ».

Malgré ces avancées, Tshisekedi a accusé Kigali de bafouer ses engagements. Il affirme que « les unités des forces de défense du Rwanda ont conduit et appuyé des attaques à l’arme lourde » depuis Bugarama, provoquant d’importants dégâts à Kaziba, Katogota et Lubarika.

Citant les rapports des Nations Unies, il a rappelé que le Groupe d’experts conclut que les « RDF exercent la direction et le contrôle effectif des opérations de l’AFC-M23 ».

Malgré les tensions, le président assure que le pays « privilégiera la voie diplomatique », tout en affirmant qu’il ne renoncera « ni à sa souveraineté, ni à la sécurité de ses citoyens ».
« Je reste convaincu que ce tournant diplomatique ouvre un chemin nouveau », a-t-il déclaré, se disant optimiste mais vigilant.

Pour Tshisekedi, la paix durable se matérialise dans le quotidien retrouvé : écoles, santé, routes, marchés, relance économique et perspectives pour la jeunesse. « La reconstruction de l’Est sera à cet égard l’un des axes les plus déterminants de notre action », a-t-il insisté.

Tant qu’« un seul village », « un seul quartier » ou « une seule colline » restera menacé, « je considérerai que notre tâche n’est pas achevée », a conclu le Chef de l’État.

Osée MABIALA

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