Le Gouvernement congolais veut définitivement tourner la page des recrutements désordonnés dans l’administration publique. Face à une masse salariale en constante pression et à des effectifs longtemps jugés incontrôlés, le vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau Ebua, a annoncé un durcissement des règles d’engagement dans les services publics, avec comme principe : recruter uniquement selon les besoins réels de l’État.
Intervenant ce lundi 18 mai 2026 au Studio Maman Angebi de la RTNC, lors d’un briefing presse coanimé avec le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, le patron de la Fonction publique a dressé un état des lieux chiffré de l’administration congolaise, entre assainissement des effectifs, mécanisation, protection sociale et maîtrise des dépenses salariales.
« Les recrutements se feront en fonction des nécessités », a insisté Jean-Pierre Lihau, affirmant que « l’on ne peut plus faire entrer tout et n’importe qui dans l’administration ».
Le ministre a indiqué que le Gouvernement a abandonné la logique des recrutements automatiques en remplacement des départs à la retraite. « Nous mettons des agents à la retraite, mais nous ne procédons pas à des recrutements systématiques », a-t-il précisé, ajoutant que seuls les profils jugés indispensables pourront désormais être engagés.
Plus de 2,5 millions d’agents publics recensés
Selon les chiffres officiels présentés lors du briefing, la République démocratique du Congo comptait en 2025 plus de 2,5 millions d’agents publics actifs relevant du pouvoir central, précisément 2,501 millions.
Parmi eux, 1,867 million d’agents sont effectivement rémunérés, soit environ 75 % des effectifs globaux, tandis que plus de 634 mille agents restent encore sans prise en charge salariale.
Le Gouvernement affirme toutefois avoir réduit progressivement le nombre d’agents non payés grâce aux opérations d’assainissement menées depuis 2021. Les effectifs non rémunérés, qui dépassaient 728 mille agents en 2020 après les recrutements massifs observés entre 2018 et 2020, sont estimés à environ 547,78 mille en 2025.
Dans le seul régime général de la Fonction publique, les agents non rémunérés certifiés atteignent encore 449,78 mille personnes.
De 1,4 million à 677 630 agents certifiés
Jean-Pierre Lihau a également détaillé les résultats du contrôle des effectifs engagés depuis son arrivée à la tête du ministère.
À l’époque, près de 1,425 million d’agents étaient déclarés dans le régime général de la Fonction publique. Après vérification des arrêtés d’admission, des affectations, des diplômes et identification biométrique, les effectifs officiellement certifiés ont été ramenés à 677 630 agents reconnus réguliers.
« Cette opération vise à mettre fin aux irrégularités qui gangrènent la gestion des effectifs depuis des années », a expliqué le VPM de la Fonction publique.
Le Gouvernement indique également avoir déjà mécanisé près de 197 mille agents publics depuis le lancement des réformes administratives.
“D’ici 2027, nous allons rémunérer ceux qui prestent”
Parmi les annonces majeures faites lors de cette rencontre avec la presse, Jean-Pierre Lihau a assuré que l’État entend mettre fin au paiement des simples numéros matricules.
« D’ici 2027, nous n’allons plus rémunérer les numéros matricules, nous allons rémunérer ceux qui prestent », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette réforme vise à rétablir davantage de justice dans l’administration publique, alors que plusieurs agents réellement actifs continuent de travailler sans salaire, pendant que des irrégularités persistent dans certains fichiers administratifs.
Le ministre a également interdit toute nouvelle affectation de personnes non admises officiellement sous statut dans les services publics. Les agents dits « NU », présents depuis plusieurs années dans différentes administrations sans régularisation complète, feront l’objet d’un processus progressif de régularisation puis de mécanisation.
Une masse salariale en hausse de plus de 300 %
Le briefing a également permis de dévoiler l’évolution des rémunérations dans la Fonction publique congolaise.
La rémunération moyenne mensuelle des agents publics est passée de 125.999 francs congolais en 2016 à 516.645 francs congolais en 2025, soit une hausse supérieure à 300 % en neuf ans.
Cette progression concerne plusieurs secteurs stratégiques de l’administration publique. Dans les rangs des militaires, policiers et services de sécurité, la rémunération moyenne est passée de 93.661 francs congolais en 2016 à 511.374 francs congolais en 2025. Le secteur de la santé a également enregistré une forte augmentation, avec des rémunérations évoluant de 310.168 francs congolais à plus de 1,5 million de francs congolais durant la même période.
Dans le secteur judiciaire, les magistrats et agents de justice touchent désormais en moyenne plus de 2,6 millions de francs congolais, contre 752.127 francs congolais en 2016. Les enseignants ont eux aussi connu une hausse progressive de leurs revenus, passant de 119.289 francs congolais à près de 310.000 francs congolais.
La diplomatie demeure toutefois le secteur le mieux rémunéré de la Fonction publique congolaise. Les diplomates sont passés d’une moyenne salariale de 2,1 millions de francs congolais en 2016 à plus de 8 millions de francs congolais en 2025. Dans certaines représentations diplomatiques classées en zones stratégiques, les rémunérations ont même dépassé les 14 millions de francs congolais avant de redescendre autour de 8,5 millions en 2025. Quant au personnel politique, il continue d’afficher des rémunérations moyennes supérieures à 5,1 millions de francs congolais.
Forte progression de la protection sociale
Le Gouvernement met aussi en avant l’élargissement de la couverture sociale des agents publics.
« Lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités, moins de 200 mille agents étaient protégés socialement ; aujourd’hui, ils sont 1,6 million », a déclaré Jean-Pierre Lihau.
Le ministre a rappelé qu’entre 2011 et 2020, seulement 923 fonctionnaires avaient été mis à la retraite. Depuis cinq ans, plus de 17 200 agents et cadres ont été retraités et pris en charge par la CNSSAP, tandis que de nouvelles vagues de départs sont annoncées.
Les recrutements de l’AFC/M23 “non reconnus”
Le vice-Premier ministre a également abordé la situation des zones occupées dans l’Est du pays. Il a assuré que les recrutements effectués par l’AFC/M23 dans les territoires sous occupation « ne seront pas reconnus par l’État congolais lorsque l’autorité de l’État sera rétablie ».
Il a néanmoins précisé que le Chef de l’État a choisi de maintenir les salaires des fonctionnaires vivant dans ces zones et que les agents ayant quitté les territoires occupés seront rétablis dans leurs fonctions administratives.
À travers ces réformes, le Gouvernement congolais affirme vouloir construire une administration plus maîtrisée, professionnalisée et fondée sur la compétence, après plusieurs années marquées par les recrutements sans planification, la surpolitisation des effectifs et les déséquilibres de la masse salariale.
Osée MABIALA