RDC | Changement de la Constitution : une bataille rangée se profile

« Toucher à la Constitution pour offrir un bail à perpétuité à un individu est une déclaration de guerre au peuple congolais. L’UDPS se lèvera comme un seul homme pour barrer la route à cette imposture ». En 2014, depuis sa résidence de Limete, Étienne Tshisekedi traçait cette ligne rouge inflexible face aux ambitions prêtées à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat. En 2016, après le décès du « Sphinx de Limete », son fils Félix Tshisekedi, porté à la tête de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), reprenait le flambeau de cette opposition, maintenant une rhétorique implacable contre le régime de l’époque.

Dix ans plus tard, l’histoire bégaye à Kinshasa, mais les rôles se sont inversés. Une ironie politique s’installe : les courtisans qui défendaient hier bec et ongles la révision constitutionnelle au profit de Joseph Kabila se retrouvent aujourd’hui dans les couloirs du Palais de la Nation, chantant les louanges d’un changement fondamental de la Loi mère pour le compte du nouveau pouvoir : « Tshisekedi n’a pas un mandat ; il a une mission ».

Le débat a quitté le terrain des rumeurs lors de la conférence de presse du chef de l’État, le 6 mai 2026. Félix Tshisekedi a ouvertement laissé entendre qu’il pourrait briguer un nouveau mandat à l’expiration de ses deux baux constitutionnels, si le peuple le lui demandait. Selon des sources concordantes, la stratégie de la famille présidentielle repose sur l’article 5 de la Constitution, qui consacre la souveraineté nationale appartenant au peuple. En coulisses, la machine législative s’accélère : une proposition de loi référendaire est en cours d’examen au sein de la commission Politique, Administrative et Juridique (PAJ) du Parlement, et son adoption pourrait intervenir d’ici juin.

Face à cette perspective, une bataille rangée s’annonce. Le pouvoir s’est trouvé des alliés de circonstance. En première ligne, plusieurs pasteurs des Églises de réveil du Congo (ERC), conduits par l’archevêque Evariste Ejiba Yamapia, ont transformé le changement de la Constitution en nouvel évangile, légitimant spirituellement la démarche du pouvoir. La réplique confessionnelle ne s’est pas fait attendre : le cardinal Fridolin Ambongo a fustigé des manœuvres « qui n’ont comme unique objectif que de protéger les intérêts partisans de ceux qui ne veulent pas une justice juste ». Le prélat catholique a averti avec gravité : « Lorsque le moment viendra, lorsqu’ils s’obstineront à faire passer ces lois, il faudra qu’ils nous trouvent sur leur chemin ».

Un compte à rebours de 852 jours avant la convocation du scrutin de 2028

Dans ce climat de polarisation extrême, la « Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel » (C 64) a été lancée le 19 mai 2026. Ce front commun de l’opposition et de la société civile a immédiatement enclenché un compte à rebours démocratique de 852 jours avant la convocation du scrutin de 2028, affirmant qu’à l’échéance de son mandat, « Félix Tshisekedi devra quitter le pouvoir de gré ou de force ». S’appuyant sur les articles 70, 219 et 220 de la Constitution pour démontrer l’intangibilité du texte de 2006, la coalition a lancé un appel solennel à la population, prévenant que l’inscription de la loi référendaire à l’ordre du jour du Parlement serait considérée comme une « déclaration de guerre ». Dans ce paysage fragmenté, une ombre plane : celle de Joseph Kabila, dont le parti n’est pas signataire de la déclaration de la C 64, laissant planer le doute sur sa stratégie.

À Kinshasa, la tension risque de monter d’un cran. Dans le district populaire de la Tshangu, les « Forces du progrès », une branche militante de l’UDPS, ont déjà annoncé l’interdiction de toute marche de l’opposition tant que la Constitution n’aura pas été changée.

Ce bras de fer politique se cristallise dans un contexte sécuritaire particulièrement inquiétant. La République démocratique du Congo est amputée d’une partie des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, passées depuis plusieurs mois sous le contrôle des rebelles de l’Alliance Fleuve Congo (AFC-M23) dirigés par Corneille Nangaa et soutenus par le Rwanda. Sur le plan social, la précarité demeure criante : 81,7 % des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale, malgré une embellie macroéconomique portée par le dynamisme du secteur minier. Le pays s’apprête ainsi à traverser une zone de fortes turbulences, où la survie du pacte républicain de 2006 se jouera autant à l’Assemblée nationale que dans la rue.

MATSHI Darnell

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