Le lanceur d’alerte Jean-Jacques Lumumba et l’activiste Carbone Beni publient une tribune exigeant un sursaut national face au paradoxe d’un pays immensément riche mais dévasté par la guerre, la corruption et le tribalisme.
La République Démocratique du Congo s’enfonce dans une crise sécuritaire et sociale alarmante, malgré une croissance économique affichée. « Près de sept Congolais sur dix vivent encore sous le seuil national de pauvreté », rappellent les auteurs, soulignant le contraste entre richesse potentielle et misère réelle. Ce paradoxe est aggravé par des tares internes qu’ils dénoncent : mauvaise gouvernance, impunité institutionnelle, clientélisme, incompétence tolérée et fractures identitaires nourries par le tribalisme et la manipulation politique. Dans une tribune incisive, grave et patriotique, Jean-Jacques Lumumba, président du Collectif Restitution Afrique (RAF), et Carbone Beni, président du mouvement PACTE, dressent un diagnostic sans concession du drame congolais.
Créer une « Alliance Citoyenne pour la Patrie »
Au-delà du constat, leur proposition centrale vise à remobiliser la société civile pour combler le vide politique. Alors que pouvoir et opposition bâtissent leurs coalitions, les forces vives avancent « en ordre dispersé ». Pour y remédier, ils appellent à la constitution d’une « Alliance Citoyenne pour la Patrie ».
Cette plateforme entend rassembler universitaires, mouvements citoyens, ONG et acteurs religieux afin de constituer un contrepoids républicain. Elle se veut une « force capable de documenter avant d’accuser, de proposer avant de condamner », conçue pour contrôler l’action publique et résister à la manipulation politicienne, sans devenir un appendice de l’opposition.
Cinq engagements et une distinction stratégique
Cette dynamique citoyenne doit porter un « Pacte National » articulé autour de cinq piliers : la sacralité de l’intégrité territoriale face à la violence armée, la préservation de l’ordre constitutionnel en vue de « l’après-2028 », la lutte contre les fractures tribales, la souveraineté économique et la justice pour les victimes. « Un désaccord politique, aussi profond soit-il, n’autorise jamais à prendre les armes contre son propre pays », martèlent-ils.
Pour concrétiser ces engagements, Lumumba et Beni tracent une frontière nette entre les processus de résolution de crise. Concernant le dialogue national proposé par le pouvoir et soutenu par les Églises, ils refusent qu’il devienne une « foire aux positionnements » ou une redistribution de postes entre états-majors politiques. Ils préconisent une consultation « ascendante », partant des provinces et des territoires vers la capitale.
Surtout, ils dissocient fermement ce débat démocratique interne des tractations diplomatiques de Doha menées face à l’Alliance Fleuve Congo et au M23. Selon eux, Doha traite exclusivement de la confrontation armée et du désarmement, tandis que le dialogue national doit porter sur les réformes institutionnelles. « Le dialogue national ne doit pas devenir un moyen de banaliser la rébellion armée ou de transformer la prise des armes en raccourci vers la représentation politique », avertissent-ils. Une mise en garde lucide pour éviter que la diplomatie ne sacrifie l’État de droit.
MATSHI Darnell