Mike Nyembo: «Congo Airways a des atouts pour rebondir»

Le modèle de gestion de Congo Airways doit être aligné sur les standards internationaux de gouvernance. Des experts du secteur aérien ou des compagnies étrangères pourraient être intégrés au management afin de mettre en place des pratiques efficaces de gestion des ressources…

La Compagnie aérienne nationale Congo Airways risque de perdre ses ailes. Elle pourrait se voir retirer l’agrément de l’Association du transport aérien international (IATA) et le certificat de transport aérien (CTA). Alors que le DG de Congo Airways a rassuré que la validité du CTA court encore jusqu’au 23 mars 2025, l’« Agence Ecofin » renseigne quant à elle que la compagnie aérienne a obtenu un moratoire de 90 jours auprès de l’IATA et de l’Autorité congolaise de l’aviation civile pour se conformer. « Ce délai permettra la remise en service de l’un de ses aéronefs, le temps de finaliser les démarches pour l’acquisition d’autres avions », renseigne une note du ministère des Transports.

L’entrepreneur Mike Nyembo Nkulu n’y voit aucune fatalité, mais une opportunité pour la RDC, immense pays à la forte demande intérieure, au confluent des réseaux de transports transafricains, de se mettre en phase avec sa vocation de grandeur. « Congo Airways a les atouts nécessaires pour rebondir », déclare-t-il dans une interview qu’il a accordée à notre rédaction depuis Bruxelles. Cela n’est possible qu’à deux conditions. « Une vision claire pour l’avenir et la rigueur dans la gestion », souligne-t-il, précisant que « le gouvernement doit rapidement mettre en place des mesures fortes, telles que le financement adéquat et une gestion plus transparente, tout en explorant des partenariats stratégiques avec des acteurs internationaux »

Opportunités

Mike Nyembo évoque l’exemple d’Éthiopian Airlines et de Rwand’Air qui ont noué des partenariats stratégiques avec des compagnies arabes et occidentales pour soutenir le développement de leurs flottes, leurs infrastructures et leurs réseaux internationaux. « Congo Airways pourrait chercher des partenariats similaires pour accroître ses capacités », fait-il remarquer. Et de marteler : « Ces alliances pourraient se traduire par des joint-ventures, des accords de partage de codes, ou des initiatives de leasing d’aéronefs avec des acteurs majeurs comme Emirates ou Qatar Airways ».

En averti, Mike Nyembo pense que Congo Airways ne devrait pas immédiatement investir dans de nouveaux avions. « Elle pourrait maximiser l’utilisation du leasing d’appareils modernes à court et moyen terme, tout en améliorant sa flotte existante », suggère-t-il tout en argumentant : « Cela réduirait les coûts initiaux tout en augmentant la capacité opérationnelle. Par exemple, le modèle de leasing d’Airbus ou de Boeing pourrait permettre de maintenir des opérations viables ».

Assainissement de l’environnement…

La relance de Congo Airways implique d’autres changements. D’un côté, Mike Nyembo souligne la nécessité d’une restructuration interne pour restaurer la crédibilité de la compagnie. « Le modèle de gestion doit être aligné sur les standards internationaux de gouvernance. Des experts du secteur aérien ou des compagnies étrangères pourraient être intégrés au management afin de mettre en place des pratiques efficaces de gestion des ressources ».

De l’autre, Nyembo soutient que Congo Airways doit aussi prioriser la formation du personnel technique et des équipages. « En travaillant avec des écoles d’aviation internationales et en établissant des centres de formation dans le pays, Congo Airways pourrait renforcer ses ressources humaines tout en réduisant sa dépendance aux expatriés », explique-t-il.

Cet entrepreneur du secteur des transports insiste aussi sur l’amélioration des infrastructures aéroportuaires. Selon lui, le gouvernement doit poursuivre le développement des aéroports et des infrastructures connexes pour permettre une expansion durable. « Cela peut se faire grâce à des partenariats public-privé, où des acteurs internationaux investiraient dans la modernisation des aéroports en échange de concessions », argue-t-il.

Un hub régional et international !

Voilà qui pourrait doter la RDC des moyens de sa vocation de hub régional pour les vols vers d’autres pays africains, mais aussi vers l’Europe, l’Asie, et l’Amérique. « La proximité avec des économies en pleine croissance, comme l’Afrique du Sud et le Kenya, pourrait être exploitée pour attirer des passagers et des partenariats », confie Mike Nyembo.

Ce dernier estime que cela aurait un impact économique majeur. En plus du tourisme, faire de la RDC un hub aérien renforcerait l’intégration économique régionale et internationale, ouvrant le pays à de nouvelles opportunités de croissance durable. Ainsi, la RDC se positionnerait comme un carrefour économique essentiel. « Un hub aérien faciliterait le transport des marchandises et des personnes, réduisant les coûts logistiques et attirant des investisseurs étrangers. La RDC, riche en ressources naturelles pourrait exporter plus facilement ses produits vers les marchés internationaux », relève Mike Nyembo.

Aussi, soutient-il, cela générerait des milliers d’emplois directs notamment personnel aérien, maintenance, gestion aéroportuaire, … et indirects dans l’hôtellerie, la restauration, le transport terrestre…

HRM

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts
Read More

RDC vs Apple : Faut-il jeter nos pommes à la poubelle !

La RDC, ses autorités et sa population se retrouvent finalement dans une position paradoxale. Le pays dénonce et accuse Apple pour les minerais de sang qui se retrouvent notamment dans ses iPones. Cependant, très appréciés, les «iPhones de sang» et d’autres produits Apple sont encore très présents et visibles entre les mains des autorités. Serait-ce de la complicité passive?