La résurgence immédiate des hostilités à l’est, survenue après la signature de l’accord entre la RDC et le Rwanda le 4 décembre à Washington, marquée par la prise de la ville stratégique d’Uvira par les rebelles de l’AFC/M23, sonne le glas d’un accord jugé par l’opposant Martin Fayulu comme un « piège » tendu par Kigali à Kinshasa.
Pour cette figure de proue de l’opposition congolaise, cette escalade n’est « pas un accident, c’était prévisible ». Fayulu perçoit l’initiative de Washington comme une manœuvre de Paul Kagame pour échapper aux sanctions européennes et américaines ainsi qu’à la résolution 2773 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. L’objectif profond de Kigali, selon lui, reste clair : une guerre « économique et une guerre des terres », visant la « balkanisation du Congo ». A en croire le président de l’Ecidé, le président Trump a fait preuve de « bonne volonté » en cherchant un « accord de partenariat stratégique RDC-USA ». Son rôle n’est pas celui d’un complice, mais sa démarche se heurte à « l’hégémonie » et aux véritables intentions de Kagame.
Les coupables et le défaut de cohésion interne
Dans une posture accusatrice, Martin Fayulu n’hésite pas à désigner des responsables de cette crise. « le Rwanda est coupable, Félix Tshisekedi est coupable, il y a beaucoup de coupables », affirme-t-il. Plus largement, il incrimine le trio « Kabila, M. Kagame et M. Félix Tshisekedi » pour avoir « saboté la vérité des urnes » en 2018-2019.
Aujourd’hui, cependant, Martin Fayulu cible particulièrement Paul Kagame pour son refus de respecter l’accord et sa volonté d’accaparer les localités et les ressources congolaises.
Simultanément, il critique sévèrement Félix Tshisekedi « simplement parce que lui ne veut pas une cohésion interne, une cohésion nationale à l’interne ». Pour l’opposant, c’est ce défaut de front commun qui handicape la réponse congolaise.
L’Impasse du processus de Doha et l’urgence d’un dialogue inclusif
Face à la reprise des combats, Fayulu estime que le processus de Doha, qui impliquait des discussions entre le gouvernement de Kinshasa et l’AFC/M23, est une « erreur » et doit être abandonné. Il souligne que l’objectif de Doha se limitait à obtenir un cessez-le-feu et à appliquer la résolution 2773.
L’opposant appelle à lui substituer le « processus de Kinshasa » centré sur la cohésion nationale. La Résolution 2773 demeure l’outil principal pour l’arrêter la crise sous-régionale : elle exige le « cessation de tout soutien aux M23 et aux AFC » par le Rwanda et le retrait de l’AFC et du M23 de toutes les positions conquises.
Néanmoins, selon Fayulu, la solution pérenne passe par l’interne. « Nous avons dit à Félix Tshisekedi, ce qu’il nous faut, c’est le dialogue national inclusif pour que tous les enfants du Congo parlent le même langage », martèle-t-il.
Cet appel au dialogue se veut absolument inclusif. S’appuyant sur l’expérience de la Conférence nationale souveraine (CNS) sous Mobutu, Fayulu insiste sur la nécessité de réunir tous les Congolais, y compris les belligérants, les tenants du pouvoir, l’opposition, la société civile, et même les personnalités controversées comme Joseph Kabila.
Malgré sa condamnation à mort pour trahison et crime de guerre, Kabila, qui a géré le pays pendant 18 ans, doit être présent pour expliquer, par exemple, « Pourquoi le Congo n’est pas capable de répondre militairement aux attaques du Rwanda ? ». Fayulu justifie cette démarche par l’esprit du « Camp de la Patrie », dérivé de l’article 63 de la Constitution : « Tout Congolais a les droits et les devoirs sacrés de défendre le pays et son intégrité en cas de menaces ou d’agressions extérieures. On ne peut pas isoler, on ne peut pas écarter un Congolais ».
L’opposant congolais estime que l’urgence est de trouver une solution pérenne aux causes profondes de la crise pour contrer la menace réelle de « l’effondrement, la balkanisation et la dislocation du Congo ». Seule une cohésion nationale retrouvée, dictée par la volonté du peuple de demeurer « un, uni, indivisible », pourra garantir l’intégrité territoriale face aux ambitions hégémoniques.
HRM