Le processus de pacification entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda bat de l’aile. Dans leur dernier rapport d’évaluation publié en janvier 2026, les experts Roger-Claude Liwanga, Darin Johnson et Ajith Venkatesan Bhuvana, agissant pour le compte du Baromètre des Accords de Paix en Afrique, dressent un état des lieux inquiétant de la mise en œuvre de l’Accord de Washington pour la période allant du 1er au 31 décembre 2025.
L’inertie observée par ces experts trouve sa source dans un climat de suspicion persistant. Les auteurs analysent que les retards structurels proviennent d’une « implémentation sélective et empreinte de mauvaise foi » où chaque État conditionne ses efforts à ceux de son voisin. À cette crise de confiance s’ajoute une confusion institutionnelle entre les cadres de Washington et de Doha. Le rapport déplore que « la coexistence des deux cadres entraîne un risque de chevauchement et de dispersion des efforts diplomatiques », créant des zones d’ombre où les acteurs armés, notamment l’AFC-M23, s’engouffrent pour récuser leurs obligations.
Un état des lieux marqué par la stagnation
Sur le plan statistique, le bilan est particulièrement atone. Le taux global d’exécution plafonne à 23,3 %, un chiffre identique à celui du mois précédent. Les experts soulignent que « le suivi du mois de décembre 2025 expose la persistance d’une stagnation préoccupante », marquant un coup d’arrêt après une progression constante depuis juillet. Si 19 des 30 tâches prévues ont connu un début d’exécution, l’essentiel des avancées reste cantonné au domaine normatif et institutionnel, loin des réalités sécuritaires du Kivu.
Progrès de façade et blocages sécuritaires
Quelques lueurs d’espoir sont apparues au début du mois de décembre, notamment avec l’entérinement officiel de l’accord par les deux chefs d’État et la signature du Cadre d’Intégration Économique Régionale (REIF). À cela s’ajoute l’adoption de la Résolution 2808 par le Conseil de sécurité de l’ONU, prorogeant le mandat de la MONUSCO. Les auteurs notent toutefois que « les seuls constats positifs relèvent purement du cadre normatif ».
Cependant, ces avancées diplomatiques sont éclipsées par des blocages majeurs sur le terrain. L’offensive de l’AFC-M23 sur l’axe Kamanyola-Uvira et l’absence de neutralisation des FDLR paralysent l’accord. Le rapport fustige notamment les retards dans les engagements sécuritaires prioritaires, citant le maintien des troupes rwandaises et l’obstruction de l’aide humanitaire à Goma.
Vers une synergie des processus?
Pour sortir de cette impasse, le Baromètre préconise une approche plus intégrée. Il exhorte Kinshasa à « envisager l’implication officielle de la MONUSCO » pour neutraliser les FDLR dans les zones rebelles, levant ainsi tout prétexte au Rwanda. Parallèlement, il demande à Kigali de fournir des « garanties sécuritaires et judiciaires » pour faciliter le rapatriement des combattants.
La recommandation centrale s’adresse toutefois aux facilitateurs (USA, Qatar, Union Africaine). Les experts suggèrent de « proposer l’adoption d’un Mémorandum d’entente établissant la complémentarité des processus de Washington et de Doha ». Seule cette mise en cohérence permettrait d’intégrer l’AFC-M23 dans une approche unifiée et d’éviter que les belligérants ne jouent sur deux tableaux. Le rapport prévient qu’en l’absence d’une dynamique de bonne foi, la durabilité des progrès actuels, bien que réels, demeure « fragile ».
HRM