La célébration de Noël 2025 en République démocratique du Congo a été marquée par une vive joute verbale entre le pouvoir spirituel et l’autorité politique. Au cœur de la polémique : les récents accords signés à Washington concernant l’exploitation des minerais stratégiques et la sécurisation de l’Est. Entre dénonciation d’un « colonialisme économique » et défense de la souveraineté nationale, le dialogue est rompu.
Entre souveraineté et « bradage »
Dans son homélie, Mgr Fulgence Muteba, président de la CENCO, a fustigé une approche qu’il juge mercantile. L’archevêque de Lubumbashi s’est alarmé d’un engagement sur le très long terme. « Êtes-vous au courant qu’on a signé des Accords de 99 ans d’exploitation de nos minerais ? », s’est-il exclamé devant les fidèles, qualifiant ces textes d’« accords de fausse amitié » qui tirent profit de la faiblesse de l’État. Pour lui, la valeur humaine est sacrifiée sur l’autel de la transition énergétique mondiale.
S’appuyant sur l’autorité du Saint-Père, le prélat a rappelé le cri de cœur du Pape François lors de sa visite à Kinshasa : « Retirez vos mains de la République Démocratique du Congo, retirez vos mains de l’Afrique. Cessez d’étouffer l’Afrique : elle n’est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser ». Pour Mgr Muteba, ces mots restent une « boussole » face à ce qu’il qualifie de nouvelle forme de colonialisme.
La réplique du gouvernement ne s’est pas fait attendre. Par la voix de son porte-parole, Patrick Muyaya, l’exécutif a balayé ces accusations, les qualifiant de « factuellement fausses ». « Il n’existe ni accord de 99 ans, ni bradage des ressources, ni aucune forme de cession de souveraineté dans ce texte », a rétorqué le ministre, précisant que l’accord définit plutôt des principes de partenariat « win-win ». Pour Kinshasa, le pays conserve le plein droit de refuser toute proposition contraire à l’intérêt national.
Le silence et la vérité : deux morales en conflit
Le débat s’est également déplacé sur le terrain de la responsabilité morale. Patrick Muyaya a reproché au prélat son manque de fermeté vis-à-vis des agresseurs extérieurs. « Il aurait fallu des mots clairs pour condamner les hordes rwandaises qui fauchent chaque jour des milliers de vies », a martelé le porte-parole, s’appuyant sur les chiffres de l’exploitation illicite de Rubaya par le Rwanda pour souligner la véritable urgence.
À l’inverse, Mgr Muteba voit dans la persistance de la guerre une diversion structurelle. « Faire la guerre est une vaste distraction pour esquiver les vrais enjeux », a-t-il affirmé, suggérant que l’insécurité chronique sert de couverture au pillage organisé. L’évêque appelle à une « cessation immédiate » des hostilités et privilégie la voie du dialogue interne plutôt que celle des armes.
Une méfiance géopolitique persistante
Mgr Muteba a mis en garde contre le risque de transformer la RDC en un « champ de bataille entre les puissances occidentales et la Chine ». Une analyse que le gouvernement rejette en mettant en avant la « transparence et la redevabilité » de sa gestion actuelle. Patrick Muyaya a d’ailleurs invité le prélat à un « débat public » pour confronter les sources et éclairer l’opinion sur la teneur réelle des engagements de Washington.
Au-delà de cette confrontation de narratifs dans les salons feutrés et les cathédrales, la réalité du terrain demeure inchangée. Dans le Sud-Kivu, le Nord-Kivu et l’Ituri, des millions de familles continuent de subir les affres d’une guerre dont l’issue ne semble pas s’être rapprochée malgré les signatures diplomatiques. Pour ces déplacés, le temps ne se compte ni en articles de contrats, ni en homélies, mais en jours de survie.
HRM