La situation à l’Est de la RDC est au cœur des débats à New-York. Alors qu’à Kinshasa le dernier discours du Président Tshisekedi continue de faire jaser, le Conseil de sécurité des Nations unies se déchire sur l’opportunité de confier à la MONUSCO la vérification des cessez-le-feu dans la zone de conflit.
Au siège des Nations unies à New York, l’avenir sécuritaire du Kivu fait l’objet d’âpres tractations diplomatiques. Selon les rapports du Security Council Report (septembre 2026), le Conseil de sécurité tiendra ce mois-ci un briefing clé au cours duquel « les membres du Conseil entendront James Swan, Représentant spécial du Secrétaire général pour la RDC et chef de la MONUSCO ». Au centre des délibérations figure une interrogation majeure : convient-il de charger la mission casques bleus d’un rôle formel de contrôle et de suivi du cessez-le-feu, quitte à réorganiser son déploiement géographique ?
Une fracture diplomatique entre les « P3 » et le bloc Pékin-Moscou
Cette perspective a immédiatement ravivé les lignes de fracture politiques au sein de l’ONU. D’un côté, le bloc occidental réuni autour de la France -plume sur le dossier congolais-, soutenu par les États-Unis et le Royaume-Uni, préconise un rôle proactif de la mission onusienne. Paris défend l’idée que le mandat existant (Résolution 2808) offre la flexibilité nécessaire pour encadrer le suivi des trêves. Déjà le 4 février 2026, la porte-parole de la mission, Ndeye Khady Lo, confirmait sur Radio Okapi que « la Résolution 2808 autorise la MONUSCO à soutenir un cessez-le-feu permanent via un mécanisme de suivi ». Une posture réaffirmée par James Swan lors de ses échanges avec Félix Tshisekedi en avril 2026 sur les antennes du service de presse de l’ONU.
De l’autre côté, la Chine et la Russie ont opposé une fin de non-recevoir à toute réinterposition précipitée des casques bleus dans les zones remises sous administration nationale exclusive. Pékin et Moscou rappellent que le retrait progressif entamé en juin 2024 -qui a vu la MONUSCO rétrocéder ses positions dans le Sud-Kivu à la demande expresse de Kinshasa et sous la pression d’une opinion publique exaspérée- découlait d’une décision politique souveraine. Selon la diplomatie russe et chinoise citée par le Security Council Report, « les conditions ne sont pas réunit pour que la MONUSCO assume ces fonctions » et « tout redéploiement dans le Sud-Kivu nécessiterait une autorisation préalable du Conseil de sécurité ».
Un état des lieux sécuritaire et humanitaire préoccupant
Sur le terrain, la situation demeure particulièrement inquiétantes, remettant en cause la viabilité des récents arbitrages. Sur le plan diplomatique, le processus de paix de Doha piétine : « seuls deux des huit protocoles de paix prévus ont été signés à ce jour » entre le gouvernement congolais et la rébellion du M23, malgré la libération symbolique de quinze détenus le 7 août sous l’égide de la médiation qatarie.
Sur le plan militaire, l’application des dispositions sécuritaires reste minée par des contestations. Si le gouvernement congolais a signé le 28 juillet un protocole sur « le désarmement, la démobilisation et le cantonnement » des FDLR dans le cadre de l’application des Accords de Washington de décembre 2025, Kigali dénonce « une tactique dilatoire », affirmant que les engagements sous-régionaux exigeaient « la neutralisation des FDLR et non des négociations ».
Pendant que les pourparlers s’éternisent, les civils continuent de subir le prix fort de la crise. Les experts de l’ONU rapportent de graves violations des droits humains, marquant « une forte hausse des cas de tortures et de violences sexuelles » imputées au M23, alors même que le Comité 1533 des sanctions onusiennes a désigné Corneille Nangaa et son mouvement de l’Alliance Fleuve Congo (AFC). Pire encore, la crise sanitaire s’aggrave : l’épidémie d’Ebola a franchi le cap des « 2 325 décès » sur plus de 4 900 cas, sa riposte médicale étant sévèrement entravée par la persistance des combats.
HRM