Trois mois après la déclaration de l’épidémie de maladie à virus Ebola, la République démocratique du Congo compte désormais plus de 5 000 cas confirmés et environ 2 370 décès. Face à cette situation, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Dr Roger Samuel Kamba, a présenté mardi 18 août 2026, lors du Special Briefing Presse à la RTNC1, les principales leçons de la riposte et les nouvelles stratégies médicales engagées.
Selon le ministre, l’épidémie se distingue par le comportement du virus Bundibugyo, qui ne provoque pas systématiquement les signes hémorragiques traditionnellement associés à Ebola. « On a moins de 10 % des personnes qui font des hémorragies », a-t-il expliqué.
Les premiers symptômes, notamment les maux de tête, la fièvre et les douleurs abdominales, peuvent ainsi être confondus avec ceux d’autres maladies. Les patients restent alors plus longtemps dans la communauté avant de rejoindre les structures de santé.
« Les malades ont le temps de rester dans la communauté et d’aller contaminer d’autres personnes », a souligné Roger Kamba.
Sur les quelque 140 zones de santé que comptent les cinq provinces concernées, 55 sont actuellement touchées. Mais rapportée aux aires de santé, la propagation concerne environ 8 % de l’ensemble.
« C’est notre excès de transparence, entre guillemets, qui donne cette impression que le virus est partout », a estimé le ministre.
L’Ituri demeure l’épicentre, concentrant environ 85 à 90 % des cas. Le Nord-Kivu arrive en deuxième position, tandis que la Tshopo compte 14 cas confirmés, principalement liés à des personnes venues de l’Ituri. Un cas a également été enregistré à Buta, dans le Bas-Uélé.
La réponse sanitaire s’est parallèlement renforcée. En deux mois, le nombre de laboratoires est passé de zéro à plus de 20, tandis que les capacités d’hospitalisation ont atteint environ 1 600 lits.
La RDC teste désormais plusieurs options thérapeutiques contre le Bundibugyo. À Kisangani, le remdesivir est notamment utilisé dans le cadre de traitements compassionnels.
« Tous les contacts à haut risque de la Tshopo que nous avons traités, aucun n’a développé la maladie », a affirmé Roger Kamba.
Des essais cliniques sont également en cours avec le remdesivir et le MBP134, un anticorps monoclonal. Un autre antiviral administré par voie orale fait également l’objet d’une étude.
Le ministre attend les premiers résultats de l’un des essais dans « trois semaines, un mois ».
La vaccination constitue l’autre volet majeur de la nouvelle stratégie. Il s’agit du vaccin développé contre le virus Ebola Zaïre, dont l’efficacité potentielle contre le Bundibugyo est actuellement étudiée.
Roger Kamba a expliqué que des personnes vaccinées auparavant contre le virus Zaïre et exposées au Bundibugyo durant l’épidémie actuelle auraient développé des formes moins sévères ou n’auraient pas contracté la maladie.
« Ça, c’est un constat, ce n’est pas encore une affirmation », a-t-il nuancé.
Des observations sur des animaux et des analyses biologiques ont également alimenté cette hypothèse.
Le gouvernement a ainsi décidé d’ajouter 20 000 doses à l’essai vaccinal et de recourir parallèlement à une utilisation compassionnelle. Au total, environ 70 000 doses sont désormais disponibles, selon le ministre.
« 2 000 doses sont déjà à Kisangani pour pouvoir démarrer la vaccination du personnel de santé », a-t-il annoncé.
Sur le choix des personnes à vacciner, Roger Kamba a expliqué que les agents de santé seront les premiers bénéficiaires.
« Le médecin est obligé de toucher le malade qui vient, quel que soit le malade. Donc lui, il est vraiment exposé », a-t-il déclaré.
Les contacts à haut risque des personnes infectées ou décédées seront ensuite ciblés, avant un éventuel élargissement aux enseignants et à d’autres catégories selon les stocks disponibles.
Autre mesure annoncée lors des échanges avec la presse : la gratuité de tous les soins de santé en Ituri, afin d’encourager les populations à consulter rapidement, même pour des symptômes apparemment bénins.
« Tous les soins de santé en Ituri sont gratuits », a affirmé le ministre.
Pour Roger Kamba, la détection précoce demeure essentielle pour empêcher les malades de rester dans la communauté et de favoriser la transmission du virus.
Osée MABIALA