En lançant officiellement le « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », le Président Félix Tshisekedi promet une consultation décentralisée dans les 26 provinces, excluant tout « partage du pouvoir » et fermant la porte aux groupes armés dont l’AFC/M23. Mais dans une République Démocratique du Congo ébranlée par l’agression dans l’Est et les tensions politiques, cette initiative se heurte d’emblée à une opposition virulente et à une société civile sceptique. L’ombre des précédents dialogues -de Sun City aux Concertations nationales- plane sur ce nouveau rendez-vous, nourrissant le doute sur sa capacité à rompre avec les échecs passés.
Majorité : la souveraineté comme étendard
Pour le camp présidentiel, l’heure est au sursaut républicain. Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, affirme que « [le Président Tshisekedi] a parlé… dans son rôle de Garant de la Nation au-dessus de toute considération politique », saluant une écoute directe des bases provinciales. Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale, salue « une rupture méthodologique inédite », tandis que Guy Loando martèle que « la République doit toujours nous rassembler ».
Opposition : un monologue présidentiel
Face à ce cadrage institutionnel, l’opposition dénonce une mascarade. José Makila parle d’« une grave déception », estimant que « le Président ne peut être à la fois l’initiateur, le maître du jeu et l’arbitre de son propre dialogue ». Franck Diongo et la plateforme Sauvons la RDC fustigent « un rendez-vous manqué avec l’histoire », accusant l’Union sacrée de préparer « l’investiture d’un président à vie ». Seth Kikuni, plus incisif, s’indigne : « Tshisekedi nous invite à entrer dans une cage. Il a parlé longuement pour ne rien dire, créant frustration et confusion », exigeant une médiation extérieure et neutre.
Société civile : vigilance et scepticisme
Entre ces postures antagonistes, la société civile adopte une attente prudente. Jean-Claude Katende déclare : « Je souscris au discours dans la mesure où il a exclu le partage de pouvoir et mis l’accent sur la participation citoyenne ». Mais il tempère aussitôt : « Espérons que tout ce qui a été dit sera observé et que ce n’est pas de la démagogie ».
Médiation religieuse : l’épreuve du feu
La clé de voûte du processus reposerait peut-être sur les autorités religieuses. La CENCO et l’Église du Christ au Congo s’activent pour harmoniser les vues, mais leur neutralité ne fait pas l’unanimité. D’autres plateformes interreligieuses comme le CIC de l’archevêque Dodo Kamba ou encore la CIME devront être associées pour garantir une médiation plurielle et impartiale. Car sans confiance, ce dialogue risque de s’enliser avant même d’avoir commencé.
HRM