Onze jours après la déclaration de la 17ᵉ épidémie d’Ebola, le Gouvernement congolais tente de contenir à la fois la propagation du virus et les inquiétudes de la population. Au cours d’un briefing spécial organisé mardi 26 mai au Studio Maman Angebi de la RTNC, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Samuel Kamba Mulamba, aux côtés du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, a dressé un état de la situation marqué par des indicateurs encore préoccupants mais aussi par l’ouverture d’une nouvelle option thérapeutique.
Premier message porté par les autorités : l’épidémie reste, pour l’instant, limitée géographiquement.
« Il n’y a pas de cas en dehors de ces trois provinces », a insisté Roger Kamba, citant l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu comme seules provinces concernées à ce stade.
Mais derrière ce message de maîtrise, les chiffres traduisent une épidémie toujours active.
Selon les données présentées, près de 1 000 personnes symptomatiques ont déjà été identifiées. Parmi elles, 101 cas ont été confirmés positifs au virus Ebola. Le bilan provisoire fait état de 17 décès confirmés et d’environ 200 à 220 décès probables.
Le ministre de la Santé a reconnu que la RDC se trouve encore dans une dynamique ascendante de l’épidémie.
« Nous sommes dans une phase de croissance », a-t-il déclaré, précisant que le taux de positivité varie actuellement entre 30 et 35 %, signe d’une circulation encore soutenue du virus.
La pression reste particulièrement forte dans certaines zones sanitaires. L’Ituri concentre 7 zones de santé touchées sur 36, contre 3 au Nord-Kivu et 6 au Sud-Kivu.
Pour casser la chaîne de transmission, 3 600 personnes contacts font l’objet d’un suivi quotidien tandis que 230 patients sont déjà pris en charge dans les structures dédiées.
Le dispositif de laboratoire est également renforcé.
« 2 000 tests sont partis aujourd’hui, 4 000 autres partiront demain », a annoncé Roger Kamba.
Une piste thérapeutique faute de vaccin contre Bundibugyo
L’autre annonce majeure du briefing concerne le traitement.
Contrairement à la souche Ebola Zaïre, la variante Bundibugyo, responsable de cette flambée, ne dispose actuellement ni de vaccin homologué ni de traitement spécifique reconnu.
Face à cette absence d’outil curatif, Kinshasa a engagé des discussions avec Washington afin d’obtenir un anticorps monoclonal expérimental.
« Nous sommes en négociation avec les Américains pour qu’ils nous disponibilisent un anticorps monoclonal. Nous avons fait la demande officielle et les échanges sont avancés », a indiqué le ministre.
Selon lui, les essais en laboratoire montrent que cette molécule pourrait agir sur plusieurs souches du virus.
« Si les Américains nous la fournissent, nous la déploierons dans le cadre d’un essai clinique pour les malades », a-t-il précisé.
En attendant, la prise en charge reste essentiellement symptomatique : réhydratation des patients, traitement des détresses respiratoires et prise en charge des complications liées aux hémorragies.
Miser sur les communautés et lever les contraintes de terrain
Les autorités sanitaires placent également l’engagement communautaire au cœur de la riposte.
« Des équipes sont déployées auprès des chefs coutumiers, des évêques, des élèves et des ONG dans les zones touchées », a expliqué Roger Kamba.
Le ministre a rappelé que l’adhésion de la population demeure essentielle, notamment pour éviter les contacts à risque et favoriser les enterrements sécurisés.
« Un corps décédé reste contagieux à cause des sécrétions », a-t-il averti.
Sur le plan opérationnel, la RDC affirme avoir déjà engagé des moyens importants. Le plan de riposte réévalué est estimé à 319 millions de dollars, avec des engagements financiers qui dépasseraient déjà 300 millions USD, dont 20 millions mobilisés par le Gouvernement congolais.
Osée MABIALA