Le Directeur de la Prison centrale de Makala a été sanctionné d’une suspension provisoire après les événements du 1er au 2 septembre ayant causé plus d’une centaine de morts parmi les prisonniers. Des documents parvenus à notre rédaction renseignent quelque peu sur sa sortie du pays. Le 16 août 2024, Yusufu Maliki Joseph a pris, à l’aéroport international Maya Maya de Brazzaville, l’avion AF 754 – Air France pour l’aéroport international Charles de Gaule Paris, en France.

La raison du voyage? Une attestation médicale produite, le 14 août, par le Dr Pasimeso Glodi du Centre médical et maternité de l’UPN, renseigne que Yusufu Maliki souffrait de paludisme, de salmonellose, de dyspepsie et d’une hypertension artérielle modérée. Le médecin lui a octroyé un repos médical de 45 jours «pour une bonne observance thérapeutique et une convalescence totale», lit-on dans l’attestation.

Par ailleurs, un article publié dans les colonnes d’Africanewsrdc revient sur les multiples correspondances que le directeur de Makala avait envoyées au ministère de la Justice depuis 2020 pour avertir des dangers qui couvaient dans cet établissement carcéral. Et qui, visiblement ne retenaient pas assez l’attention du ministre de l’époque. Ci-dessous, l’article d’«Africanewsrdc».
MATSHI Darnell
LES MULTIPLES ALERTES DU GARDIEN DE L’EX-CPRK, SNOBÉES PAR L’ANCIENNE GARDE DES SCEAUX, ONT COÛTÉ CHER AU PAYS
Prison de Makala, ces courriers du directeur Yusufu tirant la sonnette d’alarme
C’est un pan de voile qui est levé sur les événements malheureux de la nuit du dimanche 31 août au lundi 1er septembre à la Prison centrale de Makala. Selon les autorités, une tentative d’évasion a coûté, ce jour-là, la vie à 129 prisonniers dont 24 abattues par les nombreuses balles de sommation. Face à l’ampleur de ce «carnage», selon les mots du min’État à la Justice, Constant Mutamba, une enquête a été ouverte pour établir les responsabilités alors que le directeur de cette maison carcérale a été suspendu à titre provisoire.
Pourtant, ce drame aurait pu être évité si Rose Mutombo, prédécesseuse de Mutamba, s’était montrée plus attentive aux multiples alertes données par le directeur Joseph Yusufu. Depuis septembre 2020, le gardien de l’ex Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa -CPRK- n’avait eu de cesse à émettre des signaux de détresse à destination de l’honoraire min’État en charge de la Justice.
Dans une correspondance datant du 29 septembre 2020, Joseph Yusufu faisait remarquer le «danger à la porte de Makala», suite à la surpopulation alors que le centre, construit pour 1.500 détenus, venait de franchir la barre de 10.000 pensionnaires. «Devant cette situation, il y a à craindre tant sur le plan sécuritaire que sanitaire car tous les 2 aspects sont en danger et nécessitent une solution urgente pouvant prévenir le pire à la longue», lit-on dans cette note restée lettre morte.
Il a fallu attendre mars 2024 et l’implication personnelle du Président de la République pour voir les premiers mouvements de désengorgement de la Prison de Makala après une descente du PG Cassation. Les lignes ont véritablement bougé avec l’arrivée aux affaires de Constant Mutamba, visiblement trop tard pour éviter le pire prédit par le maitre des lieux dont les craintes ont été confirmées par un rapport d’enquête dressé en novembre 2022 par une commission mixte ANR-FARDC-Prison de Makala. Ce rapport, qui a été également transmis à la min’État de l’époque, avait identifié quatre suspects parmi les têtes d’affiche d’une préparation d’évasion, tout en proposant leur transfèrement à la Prison militaire de Ndolo. Selon les informations recoupées, bon nombre de leurs recommandations n’ont jamais été appliquées.
En 2023, le gardien de la Prison centrale de Makala a écrit au moins deux fois à la min’État. D’abord en mars pour solliciter un transfèrement urgent de certains prisonniers vers d’autres centres pénitentiaires mais aussi des renforts afin de sécuriser les périphéries de la Prison. Pour Joseph Yusufu, il s’agissait de trouver une solution «idoine» et «urgente» aux problèmes de la première prison du pays. «Pour des raisons purement sécuritaires, je tiens à vous signaler que la Prison centrale de Makala compte en ce jour 11.000 pensionnaires en son sein alors que sa capacité d’accueil est de 1.500. Donc, elle convient d’être mieux sécurisée dans tous les aspects pour éviter toute surprise désagréable: évasion, intrusion, conspiration», expliquait-il à Rose Mutombo. En plus des raisons sécuritaires, il avait également évoqué des besoins sanitaires dans une prison où les détenus sont «entassés» et exposés à «certaines maladies», sans compter des décès causés par étouffement suite au manque d’espace.
En octobre de la même année, il était clairement question d’un «mouvement de conspiration» soupçonné à Makala qui a, depuis plusieurs années, dépassé le «taux du tolérable». Joseph Yusufu n’a eu de cesse à le rappeler ces deux dernières années. Il a notamment été l’un des premiers à alerter sur le nombre excessif de prévenus en détention. A l’époque, ils étaient 8.105 dont 5.310 qui n’ont même pas été inculpés. En 2023, seuls 2.242 détenus sur les 12.629 de la Prison centrale de Makala étaient réellement condamnés. La surpopulation a ainsi rendu «impossible» la catégorisation des prisonniers, ni par tranche d’âge, encore moins par prévention. «Il y a vraiment mélange de toutes sortes des catégories: mouvement insurrectionnel, rébellion… C’est ce regroupement des détenus qui est aussi l’une des causes de la conspiration», écrivait Joseph Yusufu dans son alerte du 9 octobre 2023, allant jusqu’à rappeler que Makala n’était pas «une prison de haute sécurité».
Trois mois plus tard, nous sommes en janvier 2024, une autre alerte alors que les parquets civils et militaires «ne cessent d’envoyer» des détenus à Makala. Les décomptes en début d’année font alors état de 14.000 pensionnaires, bien loin de 1.500 prévus. Avant-gardiste, Joseph Yusufu avait proposé plusieurs mesures, allant des transfèrements croisés à la liberté conditionnelle, en passant par des corvées extérieures. Là encore, aucune véritable action n’est entreprise, jusqu’aux révélations du journaliste Stanis Bujakera sur les conditions de détention «exécrables» dans ce «mouroir». Bien trop tard pour empêcher le pire malgré les alertes du gardien, bouc émissaire désigné d’un drame largement évitable avec un peu plus d’attention de la part de la min’État Mutombo et des autres services.
DL