RDC : Révision constitutionnelle… mais à quel prix !

A l’aube du second mandat du Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, les récentes déclarations du député national et secrétaire général (contesté par une frange) du parti présidentiel, UDPS, suscitent un débat important et peut-être pas opportun sur la révision constitutionnelle.

Devant les militants du parti, hier fille ainée de l’Opposition congolaise, Kabuya a évoqué la nécessité de réviser la Constitution de 2006 qui, selon ses analyses, bloque le Président Tshisekedi.

«Dans la Constitution, le mandat du Chef de l’Etat est de 5 ans, mais en réalité son mandat est de trois ans. Voulez-vous que pareille Constitution reste ainsi? Ces histoires ont été faites par des étrangers, pareilles dispositions constitutionnelles doivent être révisées. Est-ce que si ces dispositions sont révisées, il y a un problème? Un président qui prend un mandat de 5 ans pour gérer ce pays mais qui est bloqué par la même constitution, que doit-il faire ? Où est le mal si nous réclamons la révision de la Constitution?», a-t-il lancé, recevant l’acquiescement de son auditoire.

En effet, l’UDPS a bien le droit d’évoquer le débat sur la révision de la loi fondamentale. Mais jusque-là, il n’y a aucune argumentation objective démontrant comment des dispositions de la constitution bloquent l’exercice du pouvoir par le Président Tshisekedi au point de nécessiter la révision de celles-ci pour l’intérêt général du peuple congolais.

Inopportunité

Loin des considérations subjectives à propos du bienfondé ou pas du choix du quinquennat qui, du reste, n’est pas une nouvelle expérience congolaise ou africaine, l’on peut légitimement s’interroger sur l’opportunité d’une révision constitutionnelle. Feu le Cardinal Monsengwo soutenait qu’un texte, un contrat, une loi fondamentale, aussi peaufinée qu’elle soit, ne sert à rien s’il n’y a pas des hommes pour l’appliquer. Pertinent.

La Constitution de 2006, en son article 219 fixe le contexte qui ne permet pas la revisitation de la loi mère: «aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège (…)». Or, on le sait, depuis le début de sa présidence, inscrite sous le sceau de l’Etat de droit, le Président Tshisekedi sue sang et eau pour convaincre le monde de la guerre d’agression que mène le Rwanda contre la RDC. Aussi, il y a quelques jours, l’Assemblée nationale a procédé à une énième prorogation de l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu, 2 des 26 provinces du pays.

Par ailleurs, l’article 220 de l’actuelle Constitution reprend des dispositions intangibles qui «ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle». Il s’agit, entre autres matières, du nombre et de la durée des mandats du Président de la République

La fille ainée face à ses combats d’hier !

L’UDPS, qui a de tous les temps était au front pour le respect de la Constitution en RDC, ferait-elle fi de la loi? Ou le «salut du peuple (?)» primerait-il sur la loi suprême? L’avenir nous en dira davantage. Mais ce qui est sûr, le débat sur la révision de la constitution risque d’exacerber les fissures que connaissent déjà l’unité et la cohésion nationale en ce moment où le pays a davantage besoin de les consolider.

L’expérience du référendum constitutionnel de 2005 et celle de la lutte de l’opposition, l’UDPS en tête, contre l’idée d’une probable modification de la constitution par Joseph Kabila au soir de son second mandat, illustrent bien combien ce débat peut être clivant. Voilà qui est malvenu car, aujourd’hui, fatigués par une guerre interminable, les Congolais sont unanimes sur la nécessité de s’unir pour l’intégrité territoriale et la paix.

Nécessité de l’unité et de la cohésion nationale…

Depuis de longs mois, dans le Nord-Kivu, une partie importante du territoire national est occupée et administrée par les M23 appuyés par le Rwanda. Les minerais du sang dont les Coltan,… engraissent ce pays voisin et le capitalisme occidental sous le nez et la barbe d’une Communauté internationale généreuse et reconnaissante envers le bourreau-voisin (les multiples appuis financiers de l’Union européenne l’attestent) et d’une Organisation des Nations Unies qui quand elle sort de sa cécité facultative, endort l’opinion via des rapports prudents jamais assortis des réelles actions et sanctions contre le Rwanda.

Les autres provinces ne baignent pas non plus dans la paix. L’Ituri, sous état de siège comme le Nord-Kivu, s’accommodent peu à peu aux incursions des groupes armés, le Kwamouth dans le Maï-Ndombe est déchiré par le conflit entre les Teke et les Yaka, la Tshopo, elle, avec le conflit Mbole-Lengola,… Tout ceci sans compter les tensions perceptibles et récurrentes entre Kasaïens et Katangais dans le Grand Katanga, le relent tribalisme, le sempiternel phénomène Kuluna à Kinshasa, la famine dans le Grand Kasaï,… ou encore la misère galopante exacerbée par la hausse vertigineuse du dollar américain et les difficultés d’accès aux services sociaux de base tels que l’eau, l’électricité, le transport en commun et la santé. Et donc, même loin des crépitements des balles, le Congolais n’est pas en paix.

Il est évident que tous ces problèmes mettent à mal non seulement l’intégrité territoriale, mais aussi le sentiment d’appartenance au pays, l’unité et la cohésion nationales. C’est dans pareil moment que l’on reconnait les grands leaders et les grands peuples, ceux qui érigent leur nation en quelque-chose de plus grand qu’eux. Dans son livre «La Passion de l’Etat», Kengo wa Dondo présente la RDC comme «l’outil nécessaire que le destin nous a consenti pour apporter à ses habitants le bien-être que chacun caresse au plus profond de ses désirs». L’histoire nous regarde.

MATSHI Darnell

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