Membre du Comité olympique international (CIO) depuis 1958, la République Démocratique du Congo, mieux, le Comité olympique Congolais (COC) traverse, à ce jour, un moment de grande turbulence occasionnée par le ras-le-bol du monde sportif contre la mauvaise gouvernance et l’absence des performances du comité dirigé depuis 12 longues années par Amos Mbayo.
Dans un entretien accordé au confrère Roland ISSO, Herman Mbonyo, secrétaire général honoraire du COC et président national de de la ligue national de Rugby, dresse un bilan pour le moins catastrophique du comité olympique congolais. «Mon combat est le contrôle de l’utilisation du fonds de la Solidarité olympique octroyé par le CIO et que cet organe (Ndlr: COC) comprenne ce qui se passe ici et qu’il mette de l’ordre. Le CIO ne peut pas continuer à donner si vous ne savez pas justifier les fonds donnés et s’il n’y a pas de vrais projets», a confié Herman Mbonyo. Ce dernier estime qu’avoir un Chef de l’Etat qui s’intéresse autant au sport est une aubaine pour que la situation s’améliore. Pour Mbonyo, les dirigeants de l’actuel Comité olympique congolais sont dans «une faillite morale indescriptible», ils ne servent pas les sports mais «leurs intérêts personnels». Interview.
Roland ISSO: On vous condamne de bloquer le Comité olympique congolais par vos différentes correspondances adressées au Comité international olympique. Qu’en est-il?
Herman MBONYO: Oui, je le confirme, j’ai bloqué un système et j’ai demandé au CIO de faire un audit du COC qui dysfonctionnait. En tant que responsable sportif, c’est un devoir. Ce qui se passe au Comité national est inacceptable. Il ne faudrait pas que demain, on nous mette dans le même sac. Après enquête, la conclusion était qu’il y a une très mauvaise gouvernance. Ce qui a occasionné le blocage des fonds de la Solidarité olympique.
Roland ISSO: Vous assuriez la gestion des ressources humaines de toutes les réunions. Pouvez-vous nous en dire plus?
Herman MBONYO: Il faudrait évoquer la question la gestion aussi des documents financiers. Durant mon exercice, je n’ai jamais vu des documents financiers. Le COC était organisé comme une petite boutique privée de deux personnes. Il y a des gens valeureux dans le comité qui ne savent pas ce qui se passe. Il est temps pour eux de se désolidariser de ceux qui détruisent l’organe. Le Comité olympique congolais existe depuis 1963 aucune médaille, faible participation des athlètes. Ce n’est pas la faute de l’État qui met les moyens. La seule erreur est que l’État ne contrôle pas.
Roland ISSO: On évoquerait un manque de transparence dans la gestion des fonds alloués par le gouvernement pour les Jeux africains au Ghana et Jo 2024…
Herman MBONYO: C’est depuis 2018 qu’on avait dénoncé le manque de transparence. Actuellement, c’est devenu une tradition 6 ans durant. Le Comité olympique congolais doit être redevable, ce n’est pas leur argent. C’est l’argent des athlètes et des fédérations. Le COC n’est que l’organe d’orientation et de distribution, et pourtant, il ne rend pas compte. Ça commence à poser problème.
Roland ISSO: Faudrait-il finalement organiser une Assemblée générale?
Herman MBONYO: Ce n’est pas à moi de le dire, les statuts sont clairs. Pourquoi on n’en fait pas? Qu’est-ce qu’on cache. Généralement, les assemblées c’est pour faire un rapport moral, un rapport financier. Quand on ne le fait pas, généralement c’est un indicateur de la mauvaise gouvernance.
Il y a des articles qui invitent à organiser une assemblée générale par an. Cette année est celle olympique, il est du devoir du Comité olympique congolais de l’organiser avec un seul point à l’ordre du jour: le renouvellement du bureau du Comité olympique congolais. On a un sérieux problème avec cette organisation qui ne respecte pas les règles de la bonne gouvernance.
Roland ISSO: Parmi les griefs reprochés au COC, on cite aussi des détournements des fonds des bourses des athlètes?
Herman Mbonyo: Je ne sais pas l’affirmer mais la clameur publique dit qu’il y aurait détournements. Devant une telle situation, la moindre de chose est d’apporter des explications, surtout lorsqu’il s’agit de l’argent du contribuable du Comité international olympique des plusieurs pays. Je pense qu’au-delà de ces nombreux dossiers, il serait capital pour l’IGF de mener une enquête pour éclairer l’opinion sur ces questions, compte tenu du budget important de l’Etat affecté aux sports.
Roland ISSO: Programme de développement du sport, c’est l’argent qui intéresse les dirigeants du Comité olympique congolais?
Herman MBONYO: Ce n’est pas au Comité de faire les projets sportifs des fédérations. Le COC ne fait que le relais des projets.
Roland ISSO: Le Comité olympique actuel n’est-il pas en mesure de justifier les fonds?
Herman MBONYO: Ce n’est pas qu’il n’est pas en mesure de justifier les fonds. Il ne peut pas justifier les fonds qui n’ont pas servi à ce à quoi il devrait servir. Le budget du Comité olympique congolais est géré secrètement parce qu’il n’est jamais publié.
Gaëtan VANDALE