Le taciturne Joseph Kabila appelle à une approche globale pour résoudre la crise en RDC

Dans un article publié ce 23 février par The Sunday Times, journal du dimanche appartenant à The Times, distribué au Royaume-Uni et en Irlande, l’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, donne sa lecture de la crise sécuritaire qui sévit dans l’Est du pays. Selon lui, la crise actuelle ne se limite pas aux affrontements armés à l’Est, mais est avant tout politique, sociale, morale et éthique. Une dimension, souligne-t-il, souvent ignorée par la communauté internationale et les organisations partenaires, y compris la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).

Une crise aux multiples facettes

Joseph Kabila affirme que la crise actuelle trouve ses racines en 2021 et qu’elle s’est aggravée avec la remise en cause du « Pacte républicain », issu du dialogue intercongolais de Sun City (en Afrique du Sud). Cet accord, qui avait abouti à la Constitution de 2006, avait permis la réunification du pays après des années de guerre, la tenue de plusieurs élections et le premier transfert pacifique du pouvoir en 2019, rappelle l’ancien Président congolais.

Cependant, pour Joseph Kabila, la rupture de ce pacte par le régime (de Félix Tshisekedi) a entraîné des violations récurrentes de la Constitution, des atteintes aux droits humains et un affaiblissement des institutions démocratiques. Il pointe notamment du doigt les élections contestées de décembre 2023, qu’il qualifie de « truquées », et qui, selon lui, ont consolidé un pouvoir autoritaire.

Un régime marqué par la répression et une mauvaise gouvernance

Kabila accuse le gouvernement actuel d’avoir instauré un climat de peur et de répression. Il évoque les arrestations arbitraires, les intimidations, l’exil forcé de figures de l’opposition, de journalistes et de leaders religieux. Pour lui, ce recul démocratique est une menace pour la stabilité de la RDC et de toute la région.

Par ailleurs, il met en avant l’endettement croissant du pays, qui avait été maîtrisé en 2010 mais qui a depuis repris une trajectoire inquiétante. Cette situation économique, combinée à une gouvernance jugée défaillante, compromet l’avenir du pays et de ses citoyens.

Une critique de l’approche sécuritaire

L’ancien président remet en question la vision des autorités congolaises qui réduisent la crise à une simple question sécuritaire. Il estime que la guerre à l’est du pays ne se limite pas aux actions du M23 ou au conflit entre la RDC et le Rwanda. À ses yeux, les tensions actuelles sont avant tout le résultat d’une crise de gouvernance et de la marginalisation des revendications légitimes de certaines communautés.

Kabila critique également l’implication de la SADC et d’autres partenaires internationaux qui, selon lui, se contentent d’un soutien militaire au régime en place sans s’attaquer aux véritables causes du conflit. « Le monde attend de voir si l’Afrique du Sud, connue pour son humanisme et ses valeurs, continuera à envoyer des troupes en RDC pour soutenir un régime tyrannique et lutter contre les aspirations du peuple congolais », écrit-il.

Un appel à une solution globale

Face à cette situation, Joseph Kabila plaide pour une approche plus globale qui prendrait en compte les dimensions politiques, sociales et économiques de la crise. Il estime que sans un retour à l’État de droit et à une gouvernance inclusive, aucune solution militaire ne pourra restaurer la paix durablement.

« Les griefs du peuple congolais contre son gouvernement doivent être pris en compte », insiste-t-il. À défaut, la RDC risque de sombrer dans un nouveau cycle de troubles, avec des conséquences désastreuses pour l’ensemble de la région.

Ainsi, Kabila appelle la communauté internationale à reconsidérer son approche et à ne pas se limiter à un soutien militaire. Pour lui, l’enjeu est clair : il s’agit d’aider la RDC à redevenir un acteur stable et crédible en Afrique centrale et australe, plutôt que de perpétuer une instabilité qui menace tout le continent.

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