Le ministre de la Santé publique, Roger Samuel Kamba Mulamba, a dressé, ce jeudi 27 février 2025 a la faveur d’un Briefing Presse portant sur le bilan actualisé du carnage humanitaire de Goma et la situation sanitaire dans les zones sous occupation rwandaise, un tableau alarmant des conséquences humaines et sanitaires du conflit en cours dans l’Est du pays.
Revenant sur les récents événements, le ministre de la Santé a évoqué un incident tragique survenu à Bukavu le matin du 27 février.
« Vers 11 heures , après le départ des animateurs du M23/AFC d’un meeting, deux détonations ont retenti quatre minutes plus tard, causant plusieurs morts. Sept personnes ont perdu la vie sur place et d’autres, grièvement blessées, ont succombé en arrivant à l’hôpital. Le bilan exact des blessés reste à déterminer, mais la situation est dramatique dans nos structures de soins », a déclaré Roger Kamba
La population du Nord-Kivu continue de payer un lourd tribut des affrontements. Au cours des deux derniers jours, on signale 19 blessés par balles et 23 personnes tuées.
« Nos structures médicales reçoivent en moyenne 10 morts par jour. Pour ce que nous avons recensé dans nos centres de soins, nous déplorons plus de 1 500 morts. Mais si nous comptons ceux que nous avons enterrés avec la sécurité civile, le chiffre dépasse les 8 500 personnes. Et nous continuons d’en recevoir… », a précisé le ministre de la Santé.
Par ailleurs, dans la nuit du 26 au 27 février, des corps ont été brûlés dans un bistrot de Goma rendant leur identification difficile.
Au Sud-Kivu, la situation est également préoccupante. Depuis le 14 février, renseigne-t-on, 179 blessés et 52 décès ont été enregistrés à Uvira. Il y a aussi plus de 200 cas de choléra qui compliquent la prise en charge des malades.
Face à l’afflux massif de blessés, le ministre Roger Kamba a rappelé l’importance du don de sang pour sauver les militaires des FARDC et les civils blessés.
« La campagne de collecte de sang que nous avons lancée il y a un mois nous a permis d’atteindre l’objectif fixé, avec un peu plus de 5 000 poches de sang récoltées. Déjà 1 200 poches ont été acheminées grâce à l’OMS », a-t-il indiqué.
Cependant, avec la rareté des poches disponibles et la multiplication des blessés, l’appel à la mobilisation reste plus que jamais d’actualité.
Le couloir humanitaire via Kigali, une nécessité imposée
Pour répondre à l’urgence sanitaire, le gouvernement, en collaboration avec l’OMS et d’autres partenaires internationaux, a trouvé un couloir humanitaire via Kigali.
« Avec les partenaires, il nous a paru difficile d’acheminer directement les équipements et les intrants médicaux par Goma, notamment en raison de la destruction de la piste d’atterrissage. Nous espérons qu’avec les négociations, l’aéroport sera rouvert pour faciliter l’accès. Mais pour l’instant, il ne restait qu’une seule voie pour les organisations internationales : passer par Kigali », a expliqué Roger Kamba.
Et d’ajouter : « Au départ, des taxes étaient imposées pour le transit des équipements par Kigali, mais grâce aux négociations, cette décision a été levée ».
Le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya Katembwe, a quant à lui alerté sur les conséquences du conflit sur le système éducatif.
« 2 594 écoles ont été touchées (dont) 1 483 au Nord-Kivu et 1 111 au Sud-Kivu. Cela concerne 1 108 962 élèves qui sont privés d’éducation », a-t-il révélé.
Il a signalé qu’un charnier de corps en putréfaction a été découvert dans l’une de ces écoles. Ce qui, a-t-il insisté, témoigne de l’ampleur du drame humanitaire.
« Attaquer les écoles, y déposer des engins explosifs, c’est attaquer notre avenir. Lors de notre mission à Genève avec la Première ministre, nous avons insisté sur la nécessité de protéger les enfants et les femmes face à ces horreurs », a souligné Patrick Muyaya.
Le gouvernement congolais multiplie des efforts pour répondre à l’urgence humanitaire mais la situation sécuritaire et sanitaire dans l’Est demeure très préoccupante.
Osée MABIALA