Consultations politiques en RDC : l’unité nationale à l’épreuve des divisions et de la guerre à l’Est

La présidence de la République a annoncé le début des consultations politiques ce lundi 24 mars 2025 à Kinshasa. Selon le conseiller spécial Kolongele Eberande, ces consultations viseront essentiellement quatre catégories d’acteurs.

La première catégorie concerne la majorité parlementaire, réunie au sein de l’Union sacrée de la Nation. « Celle-ci comprend les regroupements et partis politiques de la majorité ayant adhéré à l’investiture du chef de l’État à l’issue des élections de décembre 2023 », a-t-il souligné.

La deuxième catégorie inclut les partis et mouvements politiques de l’opposition, qu’ils soient parlementaires ou extraparlementaires. La troisième catégorie regroupe la société civile dans toute sa diversité, notamment les confessions religieuses et autres organisations de la société civile.

Enfin, la quatrième catégorie cible les femmes et hommes qui, par leurs expériences, connaissances, initiatives et actions, ont contribué ou contribuent de manière significative au rayonnement positif du pays. « Sont concernés dans cette catégorie notamment les anciens présidents des institutions et chefs des corps, les anciens candidats à la présidence de la République… », a précisé Eberande.

Le Conseil spécial a fait savoir que ces consultations seront fondées sur le respect de certains principes dont la suprématie de la constitution, le respect des institutions dûment établies, l’unité nationale, l’intégrité nationale ou encore la gouvernance inclusive et participative

Joseph Kabila sera-t-il consulté ?

Une question demeure cependant en suspens : Joseph Kabila, ancien président de la République, sera-t-il sollicité dans le cadre de ces consultations ? Cette interrogation revêt une importance particulière au regard des récentes attaques et accusations dont il fait l’objet. En effet, le président Tshisekedi et Jean-Pierre Bemba ont tous deux laissé entendre que Kabila serait impliqué dans le soutien au mouvement rebelle M23. Dans un contexte où l’unité nationale est plus que jamais nécessaire, son exclusion ou son inclusion pourrait envoyer un signal fort sur la volonté de réconciliation et de dialogue.

Quel avenir pour les opposants sceptiques ?

Au-delà de la question de Joseph Kabila, un autre défi se pose : comment convaincre les autres figures de l’opposition, affichant un scepticisme marqué à l’égard d’un gouvernement d’union nationale ? Des leaders comme Martin Fayulu, candidat malheureux à la présidentielle de 2018, et Moïse Katumbi, figure emblématique de l’opposition et ancien gouverneur du Katanga et également candidat malheureux aux dernières élections, ont exprimé des réserves quant à la sincérité de cette démarche.

Fayulu, notamment, a régulièrement dénoncé ce qu’il qualifie de « manœuvres politiques » visant à légitimer un pouvoir qu’il conteste. Quant à Katumbi, il a récemment rappelé que « l’union ne se décrète pas, elle se construit sur des actes concrets ». Dans ce climat de méfiance, le président Tshisekedi parviendra-t-il à rallier ces voix discordantes, ou ces consultations risquent-elles de renforcer les divisions plutôt que de les apaiser ?

Vers un gouvernement d’union nationale dans un contexte de crise

Ces consultations s’inscrivent dans la volonté du Président Tshisekedi de constituer un gouvernement d’union nationale, une initiative cruciale pour apaiser les tensions politiques et renforcer la cohésion sociale. Cependant, ce processus se déroule dans un contexte marqué par des défis majeurs, notamment la guerre persistante dans l’Est du pays.

La réussite de ces consultations pourrait ainsi poser les bases d’une stabilité politique indispensable afin de faire face aux crises sécuritaires et économiques qui secouent la RDC. Reste à savoir si ces discussions parviendront à transcender les divisions et à rassembler toutes les forces vives de la nation autour d’un projet commun.

MATSHI Darnell

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