Souveraineté informationnelle en RDC : Face aux GAFA et aux fakes news, Dr Kodjo Ndukuma alerte sur l’urgence de reprendre le contrôle

À l’occasion de la 32e édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le Dr Kodjo Ndukuma, doyen de la faculté de Droit de l’Université protestante au Congo (UPC) et professeur des universités, a livré une analyse percutante sur les enjeux liés à l’intelligence artificielle (IA), à la désinformation algorithmique et à la cybersécurité. Son intervention, centrée sur le thème « Intelligence artificielle, désinformation algorithmique et cybersécurité : protéger les journalistes et le public dans l’environnement numérique – La souveraineté informationnelle », a mis en lumière les défis auxquels la République démocratique du Congo est confrontée dans l’ère du numérique.

Dans son exposé fait aux côtés du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, et du Président du CSAC, Christian Bosembe, le Dr Ndukuma a rappelé l’importance de la « souveraineté informationnelle », concept déjà inscrit dans l’ordonnance-loi n°23/010 du 23 mars 2023 portant code du numérique en RDC. « La souveraineté numérique, c’est le droit d’autodétermination dont un pays dispose pour décider de sa propre politique en matière de numérique, sur ses infrastructures, ses données et leur traitement », a-t-il indiqué.

Il a démontré la domination des géants du numérique (GAFA – Google, Amazon, Facebook, Apple), qui marginalisent l’Afrique centrale dans l’économie des données. « Ils estiment que tout le trafic et les profits générés en Afrique centrale ne valent même pas 10 % de ce qui est produit à Istanbul », a-t-il fait savoir. Dr Kodjo a estimé qu’il y a le manque criant de production locale de contenus et d’infrastructures numériques robustes en RDC.

Guerre de l’information et risques systémiques

Le professeur Kodjo Ndukuma a établi un parallèle entre les conflits armés et la « guerre de l’information », particulièrement dans le contexte de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. « Nous faisons face à une guerre de propagande, une guerre d’influence, une guerre psychologique, une guerre informatique, une guerre économique et une guerre de destruction », a-t-il énuméré.

Ce dernier a également alerté sur les « risques systémiques » liés à la désinformation algorithmique, notamment la manipulation des contenus par les grandes plateformes. « Elles détiennent les tuyaux, et tout passe par elles. Elles peuvent faire ce qu’elles veulent », a-t-il martelé. Il a appuyé son propos en prenant pour exemple l’exclusion de deux influenceurs congolais dont l’influenceuse Denise Dussochoy, par Facebook pour manipulation de l’opinion via des centaines de faux comptes.

Une approche intégrée de la cybersécurité

Face à ces défis, le Dr Kodjo Ndukuma a plaidé pour une « approche intégrée de la cybersécurité », allant au-delà de la simple protection technique. « La cybersécurité n’est pas seulement une question d’antivirus ou de pare-feu, c’est un problème humain », a-t-il souligné. Il a salué les efforts du gouvernement congolais en matière de régulation, tout en appelant à une « gouvernance algorithmique » inspirée de modèles comme celui de la Chine, où la surveillance et la notation sociale permettent de contrer les menaces informationnelles.

En outre, le juriste a exhorté les autorités et les professionnels des médias à renforcer la « production de contenus locaux » et à « protéger les données nationales » contre les exploitations étrangères, citant l’exemple de l’application Yango, détenue par des Russes, qui collecte des données géolocalisées en Afrique.

« Construisons notre souveraineté informationnelle », a-t-il lancé, rappelant que la bataille pour la maîtrise de l’information est désormais un enjeu de sécurité nationale.

HRM

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