UNIKIN : Patrick Muyaya appelle la jeunesse congolaise à s’approprier le narratif de la paix

Face à une jeunesse avide de vérité mais souvent déstabilisée par des récits discordants, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a lancé un appel fort depuis la Colline inspirée de l’Université de Kinshasa : comprendre pour agir, et construire un Congo pacifié autour d’un narratif assumé.

Devant un auditoire composé de professeurs, de membres du corps académique et d’étudiants, Patrick Muyaya est revenu, ce mercredi 23 juillet, sur les racines des conflits qui minent la République Démocratique du Congo depuis plus de trois décennies. « Je voudrais aujourd’hui vous parler du processus de pacification de la RDC. Vous savez que nous connaissons un conflit depuis près de 31 ans », a-t-il déclaré, soulignant que de nombreux jeunes n’ont connu que la guerre depuis leur naissance.

Le ministre a rappelé un tournant décisif de cette histoire, remontant à 1994, lorsque le pays avait ouvert ses frontières aux réfugiés rwandais à la suite du génocide. Une décision humanitaire devenue, selon lui, le point de départ des tragédies actuelles.

Au fil de son intervention, Patrick Muyaya a retracé les principales étapes de l’engagement du gouvernement pour restaurer la paix dans l’Est du pays. Il a évoqué la rencontre tripartite du 18 mars dernier à Doha entre les chefs d’État du Qatar, de la RDC et du Rwanda, suivie en avril par une déclaration conjointe entre Kinshasa et le groupe armé AFC/M23, puis par une autre déclaration de principes, cette fois entre la RDC et le Rwanda à Washington. En juin, les deux pays ont signé un accord de paix, avant que Kinshasa ne renouvelle, en juillet, un engagement de principe avec l’AFC/M23. Autant d’initiatives diplomatiques qui, selon le ministre, doivent désormais s’accompagner d’une appropriation populaire, portée avant tout par la jeunesse.

« Il ne peut y avoir de paix durable si la jeunesse ne s’approprie pas l’histoire et ne participe pas à l’écriture du présent », a-t-il insisté. Car au-delà des pourparlers entre États, c’est dans l’engagement quotidien des citoyens que la paix se construit, martèle-t-il.

S’exprimant sans détour, Patrick Muyaya a désigné les fondements de l’instabilité actuelle comme une attaque contre l’indépendance même du pays : « Cette guerre n’est pas seulement dirigée contre le président Félix Tshisekedi. Elle vise la souveraineté même de la RDC », a-t-il affirmé, plaidant pour une conscientisation accrue de la jeunesse.

Loin d’un discours défensif, le ministre a invité les étudiants à déconstruire les images importées et réductrices d’un Congo éternellement en crise. Il a souligné l’importance de promouvoir une narration enracinée dans la résilience et les aspirations locales.

En réponse à des étudiants exprimant leur frustration face à leur marginalisation dans les espaces médiatiques, Patrick Muyaya a proposé la création de plateformes citoyennes et universitaires. Objectif : permettre aux jeunes de raconter leur propre Congo, à travers des récits construits en partenariat avec les médias publics et privés, ainsi qu’avec le soutien d’outils comme la radio universitaire Alma Mater.

Le recteur de l’UNIKIN a salué cette approche en insistant sur la pertinence du cadre universitaire pour de telles discussions : « Quel meilleur lieu qu’une université, où bat le cœur de la pensée nationale ? », a-t-il souligné, avant de qualifier Muyaya de « cardiologue de l’information ».

Pour clore, Patrick Muyaya a plaidé pour une intégration systématique de la jeunesse dans les stratégies de diplomatie culturelle : « Nous avons besoin d’ambassadeurs de paix dans chaque université, chaque quartier, chaque village », a-t-il lancé.

Ce face-à-face entre un ministre et la jeunesse universitaire n’aura pas été un simple moment d’écoute. Il marque un tournant vers une pacification où la jeunesse n’est plus spectatrice, mais actrice. Une jeunesse invitée à réécrire le récit national, non plus dans l’ombre de la guerre, mais à la lumière de la paix, de la souveraineté et de la responsabilité citoyenne.

Osée MABIALA

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