RDC | Le dollar s’effondre, le franc congolais s’envole et le pouvoir d’achat s’écroule

Sur les étals poussiéreux des marchés de Kinshasa, les prix des produits de première nécessité n’ont pas bougé d’un iota. Le riz, le savon, le pain, les factures scolaires… tout est resté au sommet ou presque. Pourtant, le dollar, devise refuge pour l’économie congolaise, a brutalement chuté de près de 1 000 francs congolais en quelques jours, passant de 2 800 à 1 850 francs. En apparence, c’est une bonne nouvelle. En réalité, c’est un séisme silencieux pour des millions de Congolais dont les revenus sont libellés en dollars. Leur pouvoir d’achat, déjà érodé, fond à vue d’œil.

« Les factures de la Snel et la Regideso reviennent généralement à 150 000 FC. Ce qui me coûtait un peu moins de 55 dollars. Aujourd’hui, cela me coûtera un peu plus de 75 dollars », regrette un habitant du quartier GB, à Kinshasa.

Après des mois de glissement continu du franc congolais, cette remontée soudaine semble moins le fruit d’un redressement économique que d’un choc monétaire orchestré, souffle un économiste. Dans les quartiers populaires comme dans les milieux d’affaires, l’inquiétude monte. Le sentiment dominant est que la Banque centrale a perdu le contrôle du marché de change, désormais dicté par les cambistes des coins de rue. Un taux officiel autour de 2 340 CDF le dollar, un taux parallèle plus bas ou plus haut selon les quartiers, et une volatilité qui fragilise toute planification économique, du petit commerce au ménage urbain.

Dans certains quartiers, le taux affiché par les cambistes devient la référence unique, reléguant le taux officiel au rang de fiction administrative. Cette situation alimente une perception de désordre monétaire, où les acteurs informels dictent leur loi, amplifiant les mouvements de taux au gré des rumeurs et des anticipations.

Une faille structurelle?

Ce phénomène rappelle une faille structurelle de l’économie congolaise: sa dépendance extrême au dollar. Dans un pays où près de 90 % des transactions sont dollarisées, toute variation brutale du taux de change a un effet immédiat et souvent douloureux. Pourtant, cette dépréciation n’est pas liée à un choc productif ou à un excès de devises dû à une reprise d’exportations. Elle résulte, selon plusieurs analystes, d’interventions monétaires non coordonnées, de spéculations, et d’un climat d’incertitude généralisée.

La Banque centrale, en injectant massivement des devises (50 millions, selon son gouverneur) pour contenir l’inflation et soutenir le franc congolais, semble avoir provoqué une surévaluation artificielle de la monnaie nationale. Cette surévaluation, bien que favorable à court terme pour les importateurs, pourrait pénaliser les exportations non minières (déjà quasi inexistantes) et freiner toute velléité de diversification économique.

Les importateurs, temporairement soulagés, voient leurs coûts baisser. Mais les producteurs locaux, déjà marginalisés, peinent à rivaliser avec des biens étrangers devenus artificiellement bon marché. Ce déséquilibre accentue la fragilité du tissu économique national.

Une économie sans boussole?

La RD-Congo ne produit presque rien en dehors de la rente minière. Sans base industrielle solide, sans agriculture compétitive, sans tissu d’entreprises capable de résister aux chocs externes, chaque tentative de manipulation monétaire risque de produire plus de déséquilibres que de solutions.

Tant que le franc congolais sera suspendu aux caprices du dollar et aux rumeurs de trottoir, les Congolais continueront à payer le prix d’une économie sans boussole.

Si rien n’est fait pour réformer en profondeur l’économie congolaise, pour bancariser la masse monétaire, et pour reconnecter le système productif aux besoins internes, la population risque de continuer à payer le prix d’une monnaie qui flotte au gré des vents… et des rumeurs.

MATSHI Darnell

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