La capitale congolaise vit au rythme d’infrastructures qui s’abîment plus vite qu’elles ne sont réparées. Dans l’ouest de Kinshasa, la Route de Matadi 2 illustre parfaitement cette réalité désormais quotidienne : à chaque pluie, elle se délite un peu plus, laissant derrière elle des nids-de-poule béants, des bourbiers impraticables et une population excédée par l’indifférence des autorités.
Tracée en parallèle de la grande Route de Matadi, entre les communes de Ngaliema et Selembao sur la nationale numéro 1, cette voie secondaire devait jouer un rôle stratégique : absorber une partie du trafic et offrir une alternative viable aux embouteillages qui paralysent régulièrement l’axe principal, notamment entre Kingu, Zappé et le marché Badiadingi. Mais dans le quartier Ngomba Kinkusa, à Binza UPN Télécoms, la réalité n’a plus rien d’une promesse.

Le tronçon compris entre l’hôtel Flora (arrêt Kingu) et l’école Les Chandeliers, longeant l’avenue Allemagne et l’école Banza, est devenu un véritable champ de ruines routières. Après chaque averse, la chaussée déjà fissurée se crevasse davantage, l’eau stagnante ronge les bordures et des creux profonds transforment la route en piège permanent. Les automobilistes slaloment tant bien que mal, les motos s’y engagent au risque de se renverser, et les piétons n’ont d’autre choix que de partager la chaussée avec les véhicules.
Face à cette situation, les habitants, livrés à eux-mêmes, expriment un sentiment d’abandon. « Si cette route venait à céder totalement, la principale ne suffira jamais à absorber seule la circulation », prévient Jonas Tshibangu, résident du quartier. Pour lui, l’enjeu dépasse la simple mobilité locale : Matadi 2 dessert une part importante de Ngaliema, Selembao et Mont-Ngafula, et accueille quotidiennement des étudiants de l’UPN ainsi que de nombreux travailleurs qui se rendent au centre-ville.
Au-delà du tronçon central, c’est tout un réseau urbain sous-exploité qui attend d’être valorisé. Les avenues Bondeko, La Cigale, Mbama, Marine, Télécoms, Rose Croix ou encore la rue du Camp forment un maillage capable de fluidifier la circulation et de relier efficacement Badiadingi à Nzolana ou à la Route de Matadi. Pourtant, aucune visite officielle ni initiative concrète n’a été signalée. « Même notre bourgmestre ne vient pas voir l’état du quartier », déplore un habitant.

Les notables locaux évoquent également un autre potentiel : l’ouverture d’une voie vers Mama Mobutu via le nouveau quartier Champ des Tirs, derrière le camp militaire Badiadingi. D’autres proposent des solutions innovantes et peu coûteuses, notamment l’utilisation de dalles fabriquées à partir de déchets plastiques mélangés à du sable, un matériau déjà testé ailleurs pour renforcer des routes secondaires. Ce procédé permettrait non seulement de consolider la chaussée principale, mais aussi de créer des emplois et de contribuer à l’assainissement de la capitale.
Pour certains, la solution pourrait même passer par des partenariats structurants. « À Abidjan, en République de Côte d’Ivoire, certaines routes sont modernisées grâce à des péages cogérés avec des banques. Pourquoi ne pas s’inspirer de ce modèle pour Tshangu ou Lukunga, voisines du Kongo Central et du Kwilu ? », suggère un notable.
Face à l’urgence, les habitants lancent un appel direct au ministre Simon Banza et au gouverneur Daniel Bumba : une simple descente sur terrain suffirait à constater l’ampleur du problème. Et peut-être, enfin, à agir. « Gouverner, c’est prévoir », rappelle Jonas. Sur la Route de Matadi 2, il est plus que temps de prévoir avant que tout ne s’effondre.
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