Avec l’appui de l’Ambassade d’Allemagne, AFIA MAMA ASBL a lancé ce mercredi 3 décembre 2025 à Kinshasa un atelier consacré à la gestion des traumatismes et au renforcement des capacités des Défenseurs des Droits Humains déplacés de l’Est de la République démocratique du Congo. Organisée dans le cadre du Programme de Protection Intégrée et Résilience des Défenseur·e·s des Droits Humains (PIR DDH), cette session réunit des défenseurs des droits humains, des acteurs institutionnels et des organisations de la société civile engagés à adapter leurs compétences à un contexte marqué par l’insécurité prolongée et les violences armées.
Dans son allocution d’ouverture, Anny Modi T., Directrice exécutive de AFIA MAMA ASBL, a souligné l’urgence de soutenir ces acteurs essentiels, rappelant qu’ils jouent « un rôle central dans la protection des populations et la documentation des violations », malgré l’exil, l’insécurité et les traumatismes auxquels ils sont exposés. Elle a affirmé : « Vous n’êtes pas seuls en dépit des défis que vous et nous rencontrons, notre détermination demeure entière. Nous continuerons de travailler avec les institutions nationales et internationales afin de leur rappeler leurs responsabilités face à la situation des défenseurs des droits humains déplacés à Kinshasa ». Des propos qui ont renforcé l’esprit de solidarité et de résilience au cœur de la mission d’AFIA MAMA ASBL.
Cet atelier intervient dans un contexte sécuritaire extrêmement préoccupant. Depuis janvier 2024, la résurgence du mouvement armé M23, l’occupation de zones stratégiques au Nord-Kivu et au Sud-Kivu et les affrontements répétés ont provoqué une dégradation rapide de la situation humanitaire. Déplacements massifs, violences sexuelles, arrestations arbitraires, pillages et autres violations graves ont touché les populations civiles. En première ligne, les défenseurs des droits humains ont été directement visés par des menaces, des violences, des intimidations et des disparitions forcées, poussant plusieurs d’entre eux à chercher refuge à Kinshasa afin de poursuivre leur mission dans un cadre plus sécurisé.
Mais la capitale ne met pas fin aux défis. À leur arrivée, ces défenseurs se confrontent à l’absence de réseaux institutionnels, au manque de moyens de subsistance, à l’isolement professionnel et à une faible visibilité de leurs actions. Leur situation nécessite un accompagnement renforcé, notamment en matière de gestion des traumatismes, de soutien psychosocial et de consolidation des compétences en plaidoyer. C’est dans cette dynamique que AFIA MAMA ASBL poursuit la mise en œuvre du PIR DDH, un dispositif intégré et féministe centré sur la protection, la santé mentale et la résilience des défenseurs déplacés.
La formation ouverte ce 3 décembre répond à un double objectif : fournir aux participants des outils pratiques pour comprendre et gérer les traumatismes liés à leur vécu, et renforcer leurs compétences en plaidoyer stratégique, en communication fondée sur des preuves et en mobilisation communautaire. Les modules dédiés à la santé mentale ont été animés par des experts du Programme national de la santé mentale, apportant des connaissances adaptées à leur réalité. L’atelier sert aussi d’espace d’échanges, favorisant la solidarité et la coordination entre défenseurs et organisations partenaires.
La méthodologie adoptée mise sur des échanges interactifs, des exposés thématiques, des études de cas et des exercices pratiques centrés sur la formulation de messages clés, l’élaboration de stratégies de plaidoyer et l’intégration des dimensions psychosociales dans leur travail quotidien.
Au total, soixante-quinze défenseurs des droits humains, journalistes et parajuristes venus de plusieurs provinces participent à cette formation organisée dans le nouveau bâtiment administratif du ministère de l’Intérieur. Les travaux se poursuivront jusqu’au 4 décembre 2025 et déboucheront sur plusieurs livrables, dont les supports pédagogiques, les fiches d’évaluation, les listes de présence, les états de remboursement et un rapport final comprenant les recommandations et un plan de suivi pour renforcer durablement la résilience et la protection des défenseurs des droits humains déplacés.
Précieuse PETU