La chute d’Uvira entre les mains de l’AFC-M23 a déclenché une onde de choc humanitaire sans précédent au Sud-Kivu. Des mères qui ont tout perdu, des enfants privés d’école et de nourriture,… L’Est de la RDC ne crie plus, il s’éteint dans l’indifférence, car loin des visages aussi meurtris qu’affamés, les statistiques n’émeuvent plus personnes.
Pourtant, rien qu’en quelques jours, près de 500 000 personnes ont été jetées sur les routes, fuyant les combats à Uvira dans un dénuement total. Ces déplacés, dont beaucoup ont trouvé refuge dans des écoles ou des familles d’accueil déjà précaires, vivent dans des conditions de survie extrêmes.
Ollo Sib, directeur adjoint par intérim du Programme alimentaire mondial (PAM) en RDC, dresse un constat alarmant de la situation. « La situation alimentaire de façon particulière mais la situation humanitaire de façon générale est extrêmement difficile aujourd’hui à l’est de la RDC », explique-t-il. Ce mouvement massif de population vient aggraver un tableau déjà sombre : avant même cette escalade, environ un million de personnes au Sud-Kivu peinaient à se nourrir. Désormais, à l’échelle de tout l’Est du pays, ce sont « autour de 10 millions de personnes qui ont une situation alimentaire et nutritionnelle extrêmement difficile », précise le responsable du PAM.
Sur le terrain, les besoins sont globaux. Les familles arrivent les mains vides après des jours de marche. « Ces populations ont pratiquement besoin de tout », affirme Ollo Sib, soulignant que la nourriture, l’eau potable et les abris constituent les priorités absolues, particulièrement pour les enfants et les femmes enceintes. Pour répondre à ce défi sur les six prochains mois, le PAM sollicite la mobilisation de 350 millions de dollars.
Malgré l’insécurité persistante, les humanitaires maintiennent leur présence, bien que certains aient dû être relocalisés. Ollo Sib insiste sur l’importance de l’accès aux zones de conflit : « L’accès humanitaire est extrêmement utile et important pour nous à ce jour » afin de « sauver des vies des millions de personnes ».
Derrière ces chiffres et ces appels de fonds se cache une réalité humaine insoutenable. Si les grandes puissances et les organisations internationales multiplient les communiqués pour dénoncer la crise, la solidarité concrète semble s’essouffler. Pour ces milliers de déplacés, la compassion diplomatique ne remplace ni le pain ni l’abri.
Hugo Rober MABIALA