RDC | Idryss Katenga : « C’est la Communauté internationale qui est derrière les pays voisins que nous indexons comme agresseurs. C’est les mêmes qui les arment »

Face à l’escalade de la violence dans l’est de la République Démocratique du Congo, Idryss Katenga, président de la Commission d’Intégrité et Médiation Électorale (CIME), sort du silence. Dans un contexte marqué par la chute d’Uvira aux mains de la coalition rebelle, le médiateur livre une analyse sans concession sur les responsabilités partagées et l’impérieuse nécessité d’un dialogue interne.

Un appel à la conscience de l’AFC-M23

Le premier message d’Idryss Katenga s’adresse directement aux acteurs de la lutte armée. Profondément marqué par le coût humain du conflit, il exhorte l’AFC-M23 à une prise de conscience patriotique. « Je crois que l’AFC-M23 doit se rendre compte que beaucoup de vies ont été fauchées en République démocratique du Congo », déclare-t-il avec gravité. Le président de la CIME s’indigne que la rhétorique diplomatique privilégie souvent les intérêts extérieurs au détriment de la souffrance nationale : « Ça me gêne que même à Washington, tout ce qui est passé au-devant, c’est la sécurité d’un pays voisin qui n’a jamais été agressé, qui a été brandi pour justifier cette guerre qui nous frappe dans notre pays et dans notre chair ».

Les limites des accords de Washington

Tout en saluant les efforts diplomatiques récents, Idryss Katenga affiche un scepticisme prudent quant aux accords signés sous l’égide des États-Unis. Si la CIME a accueilli favorablement cette signature, son président souligne que le texte est loin d’être une panacée. « Cet accord-là ne résout pas tous les problèmes. […] Les Congolais ne sont toujours pas réconciliés », martèle-t-il.

Pour lui, le recours systématique aux condamnations internationales contre le Rwanda montre ses limites structurelles. « Ce n’est pas la première fois. Ça devient une habitude », regrette-t-il, notant que malgré le plaidoyer vibrant de la diplomatie congolaise, les décisions du Conseil de sécurité restent souvent lettre morte. Katenga pointe une certaine duplicité de la communauté internationale : « Je ne suis pas assez dupe pour ignorer que c’est la communauté internationale qui est derrière les pays voisins que nous indexons comme agresseurs. C’est les mêmes qui les arment ».

Au-delà des facteurs exogènes, le président de la CIME appelle les Congolais à une introspection rigoureuse. Selon lui, la persistance des conflits, comme l’illustre la prise d’Uvira, doit être un moteur de remise en question interne. « La prise d’Uvira par l’AFC-M23 n’enlève en rien la valeur de l’accord signé à Washington. Par contre, la prise d’Uvira nous interpelle sur nos propres responsabilités », affirme-t-il. Il exhorte les institutions et la population à « consolider le front national » et à ne plus offrir de prétextes communautaires aux agresseurs.

Le dialogue : vers une résolution de fond

Idryss Katenga plaide pour la mise en œuvre de la feuille de route commune CIME-CENCO-ECC. Pour lui, le dialogue ne doit pas être un énième « partage du gâteau » politique, erreur qui alimente cycliquement la rébellion de ceux qui sont exclus du pouvoir. « Pour nous, le dialogue, c’est avec tous ceux qui sont capables de contribuer pour mettre un terme à la situation que nous vivons maintenant », explique-t-il, refusant de bloquer le processus notamment sur des individus.

Il insiste sur le fait que « toutes les guerres se terminent autour d’une table » et que parler n’est pas une faiblesse, mais une stratégie pour « couper l’herbe sous les pieds » de l’ennemi. Tout en reconnaissant que « le président attend le moment », il rappelle avec insistance que « le temps presse ».

Chaque chose ayant son temps, il semble désormais venu, pour les Congolais, de régler leurs différends à travers un dialogue interne sincère, afin d’arracher les fils du pays à la manipulation étrangère.

Hugo Rober MABIALA

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