Le rapport final du Groupe d’experts des Nations unies, publié le 11 juin 2026, met en lumière une réalité économique et diplomatique alarmante dans l’Est de la République démocratique du Congo : l’exploitation illicite des ressources naturelles alimente directement les dynamiques conflictuelles, tandis que l’implication des pays voisins, notamment le Rwanda et l’Ouganda, continue de peser lourdement sur la stabilité régionale.
La prédation comme moteur du conflit
Le document onusien établit une corrélation directe entre le contrôle territorial et l’intensification des activités extractives illégales. Concernant le coltan, les experts notent une « intensification de l’exploitation des sites autour de Rubaya » par l’AFC/M23. Ce pillage s’inscrit dans une logique d’intégration systématique des produits miniers « dans les chaînes d’approvisionnement rwandaises ».
En sécurisant ces zones, la rébellion se dote de revenus substantiels, lui permettant de pérenniser son administration parallèle et de soutenir son effort de guerre contre les FARDC.
Parallèlement, la province de l’Ituri connaît une recrudescence massive de l’exploitation aurifère. Le rapport souligne une « forte augmentation de la production d’or », largement artisanale et échappant à tout contrôle étatique. Cette ressource, devenue une monnaie d’échange cruciale, est « acheminée en contrebande vers l’Ouganda ». Cette fuite prive le Trésor public congolais de revenus essentiels, tout en finançant indirectement divers groupes armés qui se disputent le contrôle des puits et des comptoirs.
Le rôle ambigu de l’Ouganda
La position de l’Ouganda est décrite comme particulièrement ambivalente. D’un côté, le pays participe activement à des initiatives sécuritaires, notamment l’opération conjointe Shujaa, censée lutter contre les Forces démocratiques alliées (ADF). De l’autre, le rapport pointe la perméabilité des frontières ougandaises aux trafics de ressources congolaises.
En facilitant le transit de l’or de contrebande, l’Ouganda devient, de facto, un acteur central de l’économie de guerre congolaise. Cette situation crée une contradiction stratégique majeure pour Kinshasa : comment maintenir une alliance militaire avec Kampala tout en luttant contre le pillage de ses ressources transitant par ce même allié ? Les experts suggèrent que l’Ouganda joue sur ces deux tableaux, maximisant ses intérêts économiques tout en maintenant une présence sécuritaire qui lui assure une influence directe sur les évolutions politiques et militaires dans l’Est.
Une impasse internationale
À en croire le rapport, la pacification de l’Est ne peut se limiter à une approche militaire. Sans régulation stricte des filières minières et sans réelle volonté des pays limitrophes de mettre fin au commerce illicite sur leurs sols, les groupes armés continueront de puiser dans le sous-sol congolais les moyens de leur survie et de leur expansion. La communauté internationale, souligne le document, se trouve face à une impasse : les engagements diplomatiques sont constamment devancés par les réalités d’un marché noir transfrontalier florissant.
MD