Le rapport du groupe d’experts de l’ONU met en lumière un basculement politique majeur concernant l’ancien président Joseph Kabila. Les experts onusiens y soulignent des « liens croissants » entre l’ancien chef de l’État et la coalition AFC/M23. Selon les éléments recueillis, le mouvement rebelle envisagerait une restructuration profonde de sa direction, dans laquelle l’ancien « sénateur à vie » occuperait une « place centrale ». Ces conclusions ont d’ailleurs servi de base juridique aux autorités de Kinshasa qui, dans une décision retentissante, ont entamé des poursuites pour « trahison, crimes de guerre et complot » à l’encontre de l’ex-dirigeant, condamné par contumace.

La stratégie d’ancrage territorial du M23
Dans l’intervalle, la tactique du M23 a évolué vers une volonté de pérennisation. Loin d’être une simple force de passage, le mouvement « cherche à se positionner comme une autorité de gouvernance alternative à l’État congolais ». Le rapport note avec précision que les rebelles s’attellent à « établir des structures administratives, judiciaires, fiscales et sécuritaires » dans les zones sous leur contrôle. Cette consolidation s’appuie sur une gestion coercitive des populations locales, destinée à étouffer toute velléité de contestation interne.
Le « rôle déterminant » du Rwanda
L’implication du Rwanda Defence Force (RDF) n’est plus, selon le document, une simple hypothèse mais une réalité opérationnelle documentée. Les experts estiment que l’armée rwandaise « a joué un rôle déterminant dans la conquête et l’occupation de nouveaux territoires et de villes ». Ce soutien se manifeste par une assistance logistique et tactique sophistiquée, comprenant la fourniture de drones kamikazes et de systèmes de brouillage électronique.
Face à ces preuves, le narratif officiel de Kigali a connu une inflexion notable. Comme le rapportent les experts, l’ambassade rwandaise a récemment admis, dans un changement de posture, que « le Rwanda participe à une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23 ». Toutefois, les Nations unies tempèrent cette déclaration, rappelant que cette collaboration s’inscrit dans un appui global qui maintient la RDF aux commandes de la stratégie régionale.
Le rapport onusien souligne enfin l’impasse des initiatives diplomatiques actuelles. En l’absence de mécanismes de coercition efficaces, les acteurs locaux et régionaux continuent de redessiner la carte de l’Est congolais, exacerbant une crise humanitaire dont les populations civiles demeurent les premières victimes.
MD