Face aux nominations imposées par le mouvement rebelle AFC/M23 dans les universités de l’Est, Kinshasa réaffirme l’illégalité absolue de ces actes. Mais sur le terrain, enseignants et étudiants se retrouvent au cœur d’un véritable dilemme.
Dans les provinces troublées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la guerre d’influence ne se limite plus au front militaire : elle s’invite désormais dans les amphithéâtres. Le groupe rebelle AFC/M23 tente de prendre le contrôle des établissements publics d’enseignement supérieur, poussant le gouvernement congolais à réagir avec fermeté. Dans un communiqué officiel, le ministère de l’Enseignement supérieur dénonce une « ingérence grave et inacceptable dans l’organisation et le fonctionnement d’un service public relevant de l’autorité de l’État ».

Le rappel à l’ordre juridique fait suite à une série de nominations opérées début août dans dix grandes institutions publiques, dont la prestigieuse Université officielle de Bukavu (UOB) et plusieurs instituts supérieurs de Goma. Pour Kinshasa, la ligne rouge est franchie. Le ministère insiste : « aucune autorité de fait, aucun mouvement armé ni aucune structure dépourvue de légitimité constitutionnelle ne peut se substituer aux institutions légalement établies ». Ces décisions unilatérales sont donc « nulles et dépourvues de tout effet juridique ou administratif », les dirigeants légitimes conservant l’intégralité de leurs prérogatives.

Le piège de la coercition administrative
Si la position de Kinshasa repose sur des principes constitutionnels inattaquables, elle plonge le personnel académique et administratif dans une position extrêmement délicate. L’absence de force publique légale expose les universitaires à la coercition directe des autorités de fait. Refuser les directives des rebelles entraîne des risques sécuritaires immédiats ; y céder les expose à des poursuites judiciaires promises par la ministre de l’ESU. Le communiqué avertit que « toute personne qui se prévaudrait de ces nominations illégales ou prêterait concours à leur mise en œuvre s’expose à des sanctions sévères prévues par les lois de la République ».
Conscient de cette tenaille, le gouvernement tente d’apporter un soutien moral tout en réaffirmant le principe d’intangibilité territoriale. Le ministère rappelle que « l’occupation temporaire d’une partie du territoire national ne confère ni souveraineté, ni compétence administrative, ni autorité institutionnelle, ni pouvoir de nomination ».
Un appel à la résistance passive
S’adressant aux acteurs universitaires des zones occupées, Kinshasa exhorte « l’ensemble de la communauté universitaire du Nord-Kivu et du Sud-Kivu à demeurer vigilante, résiliente et attachée aux institutions de la République ». Mais sans garantie de sécurité immédiate, cette doctrine républicaine se heurte à la réalité du contrôle territorial, laissant le monde académique de l’Est congolais dans un arbitraire total.
MATSHI Darnell