Massacre de Gatumba | l’offensive de Muyaya contre la tentative rwandaise de manipuler la jeunesse banyamulenge

Chaque commémoration du massacre de Gatumba, localité située à la frontière burundo-congolaise près de Bujumbura, rouvre les plaies mal cicatrisées des Grands Lacs. Dans la nuit du 13 août 2004, cent soixante réfugiés congolais tutsis furent exécutés dans leurs tentes. Vingt-deux ans plus tard, le devoir de mémoire se transforme en affrontement géopolitique. Rappelant « les 160 personnes tuées dans leur sommeil », le Prix Nobel de la Paix Denis Mukwege a dénoncé « la culture de l’impunité, principal carburant de la violence ». Il exige que justice soit rendue pour Gatumba. Mais cette quête morale se heurte désormais aux tentatives de Kigali de manipuler la jeunesse banyamulenge.

Tout a basculé après les déclarations de Tito Rutaremara, figure historique du Front patriotique rwandais (FPR) et ancien sénateur. Lors d’une cérémonie, il a exhorté les jeunes banyamulenge à prendre les armes contre Kinshasa, affirmant que « le recours aux armes est la seule façon d’obtenir justice ». En les qualifiant de « Banyarwanda du Congo », il a tenté de raviver les tensions identitaires au Sud-Kivu.

Le refus banyamulenge

La Coordination Gakondo, regroupant les mutualités banyamulenge, a immédiatement rejeté cette incitation à la violence. Dans un communiqué ferme, elle condamne des « propos d’intoxication » et réaffirme la nationalité congolaise de ses membres. Pour l’organisation, pousser la jeunesse à combattre son propre pays revient à « encourager directement la poursuite de la guerre », en violation de la souveraineté de la RDC et des accords de paix régionaux.

L’offensive politique de Muyaya

Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, s’est appuyé sur cette prise de position pour porter l’estocade. « Non, les Banyamulenge ne sont pas les ‘Rwandais du Congo’. Ils sont Congolais, au même titre que toutes les autres communautés », a-t-il martelé. Face à celui qu’il qualifie d’« idéologue du mal », le ministre accuse Kigali de salir une journée de recueillement pour masquer ses ambitions territorialistes.

Pour Muyaya, cette harangue confirme l’empreinte directe du Rwanda sur le chaos des Hauts Plateaux et révèle la complicité stratégique entre milices locales et M23. Kinshasa s’aligne ainsi sur le refus banyamulenge afin de briser la rhétorique de « protection des minorités » utilisée par son voisin. « Votre poison identitaire et votre instrumentalisation ne passeront plus », a asséné le ministre, scellant un tournant dans cette guerre des récits.

MATSHI Darnell

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts