Le ministère du Budget engage une véritable révolution fiscale et administrative. Pour bâtir l’avant-projet de loi de finances 2027, le Vice-Premier ministre Adolphe Muzito a lancé une série d’arbitrages décisifs avec les portefeuilles dits « d’assiette ». Sa stratégie : financer les moyens de contrôle directement sur le Trésor public afin de démultiplier les recettes de l’État.
Des secteurs clés ciblés
Aux Mines, l’objectif est de juguler l’évasion fiscale. « Il faut une forte présence sur le terrain…, une administration bien outillée… afin d’arrêter cette hémorragie », martèle le ministre Louis Watum.
À l’Environnement, l’exécutif vise 300 milliards de francs congolais en misant sur le marché du carbone. Les Transports et les Télécoms complètent le dispositif. « La grande stratégie serait de donner des moyens pour qu’on cherche assez des moyens pour l’État », résume le responsable des Postes et Télécommunications.
Pour mobiliser les ressources nécessaires au programme de la Première ministre Judith Suminwa, cette approche « donnant-donnant » présente un avantage : en traitant les régies régaliennes comme des centres d’investissement, Kinshasa se dote de la capacité technique d’élargir son assiette fiscale dans un système déclaratif jusqu’ici sous-exploité.
Mais la méthode comporte des fragilités. « Investir le Trésor dans la vérification sur le terrain est pragmatique, mais le risque d’inefficacité demeure si l’inspection physique ne s’accompagne pas d’une numérisation stricte des paiements », nuance un spécialiste des finances publiques qui martèle : « Sans transparence accrue, la présence renforcée de contrôleurs peut parfois favoriser la négociation informelle au détriment des caisses publiques ».
Il n’en reste pas moins qu’Adolphe Muzito impose un ton résolument volontariste, visiblement déterminé à faire passer l’administration fiscale d’une culture d’assignations passives à une dynamique offensive de rendement.
Remy NSIMBA