Alors que le débat sur le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi s’intensifie, Amisi Makutano, président du Conseil d’administration de l’Office de gestion du fret multimodal (OGEFREM), livre sa lecture des enjeux de ce processus. Dans une interview accordée au journaliste Floride Zantoto, il défend une approche plaçant les Congolais au cœur des discussions et se montre particulièrement ferme sur la participation des acteurs engagés dans la lutte armée.
Pour Amisi Makutano, le débat ne devrait pas être enfermé dans la seule question de savoir quelles personnalités politiques seront conviées à la table des discussions. L’essentiel, à ses yeux, demeure la représentativité du peuple congolais et la défense de l’intérêt national.
« Il y a les Congolais. Nangaa n’est pas plus Congolais que les autres Congolais, tout comme Kabila n’est pas plus Congolais que les autres », affirme-t-il dans cette interview.
Le PCA de l’OGEFREM estime ainsi que le processus doit dépasser le seul cercle des acteurs politiques déjà identifiés dans les différentes prises de position sur le dialogue. Plusieurs personnalités de l’opposition, dont Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund ou Ados Ndombasi, ont notamment exprimé leur position sur la nécessité d’un dialogue national.
Mais dans sa lecture, l’enjeu dépasse largement la présence de quelques dirigeants autour de la table. Il s’agit surtout, selon lui, de faire du dialogue un véritable cadre de réflexion sur l’avenir de la République démocratique du Congo.
La situation dans l’Est du pays occupe également une place importante dans le discours d’Amisi Makutano. Alors que plusieurs territoires restent affectés par le conflit et sous contrôle de l’AFC/M23, il soutient que les populations de cette partie du pays ne sont pas en marge des débats nationaux.
« Nos frères de l’Est de la République sont favorables aux initiatives engagées au niveau national, qu’il s’agisse du changement de la Constitution ou de la tenue du dialogue », soutient-il.
Le responsable de l’OGEFREM s’appuie notamment sur ses échanges avec des proches vivant dans cette partie du pays.
« Je sais de quoi je parle, parce que j’ai de la famille là-bas et que nous échangeons régulièrement », explique-t-il.
Pour illustrer son propos, Amisi Makutano revient également sur la ferveur populaire observée dans l’Est lors des rencontres des Léopards de la RDC, notamment lors du match remporté contre l’Ouzbékistan de la coupe du monde 2026.
« Lorsque la RDC a affronté l’Ouzbékistan et remporté ce match, nous avons vu des populations de l’Est braver la peur et manifester leur attachement à la nation. Elles ont notamment scandé le nom de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qu’elles considèrent comme le garant de l’intégrité territoriale du pays », relate-t-il.
Sur la question de la participation de Corneille Nangaa et de Joseph Kabila au dialogue, Amisi Makutano ne cache pas sa fermeté. Pour lui, leur implication dans les mouvements armés ne leur confère pas automatiquement une place autour de la table des négociations.
« Que représentent Nangaa ou Kabila dans ce pays ? Ils représentent un groupe un groupe armé. Ils devront, le moment venu, être rééduqués par la République démocratique du Congo », tranche-t-il.
Dans cette logique, le PCA de l’OGEFREM refuse de placer ceux qui ont pris les armes au même niveau que les composantes politiques et sociales appelées à participer au processus.
« Ce sont des délinquants, des bandits. Lorsqu’un bandit fait irruption dans votre maison, vous ne pouvez pas simplement le laisser agir comme si de rien n’était », martèle-t-il.
L’entretien avec Floride Zantoto a également permis à Amisi Makutano de revenir sur les relations entre Kinshasa et Washington, notamment les accords conclus entre la RDC et les États-Unis.
Le PCA de l’OGEFREM récuse l’idée selon laquelle ces accords traduiraient simplement une demande d’assistance adressée par Kinshasa aux autorités américaines.
« Ce n’est pas demander de l’aide. Des accords ont été signés entre la République démocratique du Congo et les États-Unis, et ces accords ne concernent pas exclusivement notre pays. D’autres États, notamment l’Angola, disposent également de partenariats de cette nature avec Washington », explique-t-il.
Il insiste par ailleurs sur la diversité des domaines couverts par cette coopération.
« Il ne s’agit pas uniquement d’un accord militaire. Il existe également des accords portant sur la gouvernance et le partenariat économique », précise Amisi Makutano.
Amisi Makutano défend ainsi une conception du dialogue national qui, selon lui, doit dépasser les calculs politiques individuels. Son approche met en avant la participation des Congolais, la défense de l’intégrité territoriale et la nécessité de préserver l’autorité de l’État face aux groupes armés.
À travers cette prise de position, le PCA de l’OGEFREM s’inscrit dans le débat actuel sur les contours et les objectifs du dialogue national, en appelant implicitement à une démarche dont la finalité première devrait rester, selon lui, la recherche d’une issue congolaise aux crises qui secouent le pays.
Osée MABIALA