Le Conseil de sécurité des Nations Unies a prorogé, ce 19 décembre 2025, le mandat de la MONUSCO jusqu’en décembre 2026. Adoptée à l’unanimité, la résolution 2808 marque un coup d’arrêt brutal au processus de désengagement de la Mission onusienne. Face à l’offensive du M23 et à la prise de la ville d’Uvira dans le Sud-Kivu, l’ONU change de paradigme : la Mission n’est plus sur le départ, elle se transforme en force d’interposition.
Un Conseil fracturé par la « guerre des minerais » !
Des analystes consultés par Focus-actu.cd son formel : derrière l’unité de façade du vote, les débats ont révélé une opposition frontale entre les grandes puissances, exacerbée, à n’en point douter, par l’accord stratégique sur les minerais critiques signé entre Kinshasa et Washington le 4 décembre dernier.
La Chine, par la voix de sa délégation, a lancé une charge à peine voilée contre l’influence américaine : « Aucun pays ne devrait pouvoir adapter la MONUSCO en fonction de ses intérêts propres ». Pour Pékin, la gestion de la crise ne doit pas servir de paravent à une mainmise économique. La délégation a insisté sur le fait que « tous les pays extérieurs à la RDC doivent cesser de poursuivre des intérêts économiques dans la région », une allusion directe au récent basculement de la diplomatie minière congolaise vers le bloc occidental.
Les États-Unis, de leur côté, assument un rôle de protecteur des processus de paix qu’ils pilotent. Pour Washington, la MONUSCO doit devenir une « force d’interposition pour assurer le respect du cessez-le-feu ». Les Américains ont exigé du M23 qu’il « s’éloigne au moins de 65 kilomètres » d’Uvira. Cette précision traduit une volonté de sécuriser non seulement les populations, mais aussi les axes stratégiques liés à leurs nouveaux intérêts bilatéraux, fait-on remarquer.
France et Russie : Entre médiation et scepticisme
La France, « porte-plume » de la résolution, a dû naviguer en eaux troubles pour préserver l’unanimité. Elle a justifié ce mandat par des « conditions inhabituelles », rappelant que le M23 a conquis Uvira « avec le soutien de la Force de défense rwandaise ». Pour Paris, la priorité est de placer la MONUSCO « en première ligne dans le soutien aux efforts de paix », qu’ils soient régionaux ou internationaux.
La Russie, quant à elle, a exprimé son doute sur l’issue du conflit. La déléguée russe a martelé que ceux qui croient à une solution militaire « se trompent lourdement », appelant les parties à respecter les obligations des accords de Doha et Washington. Moscou semble s’inquiéter d’une escalade que la MONUSCO, même renforcée, peinerait à contenir.
Les FDLR… Un équilibrage diplomatique !
Pour obtenir ce consensus, la résolution 2808 a dû sacrifier à une exigence de neutralité souvent dénoncée par Kinshasa : la mise en équivalence des responsabilités. Tout en exigeant le retrait de la Force de défense rwandaise (RDF), le Conseil « exige que les forces militaires congolaises cessent immédiatement d’apporter un soutien à certains groupes armés tels que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ».
Cette mention, perçue comme un équilibrage diplomatique, conditionne le soutien à la RDC à sa capacité à neutraliser ces rebelles hutu. Pour de nombreux observateurs, cette clause offre une soupape de sécurité diplomatique au Rwanda.
Les A3+
Seul le bloc des A3+ (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana) a adopté un ton plus tranché sur la souveraineté. Par la voix de la Sierra Leone, ils ont exigé que le M23 « renonce à tous les territoires sous son contrôle et démantèle toutes les administrations parallèles ». En appelant le Conseil à prendre « des mesures plus décisives », les pays africains rappellent que la paix durable ne pourra faire l’économie d’un traitement de fond des causes structurelles de la guerre.
La résolution 2808 offre à la RDC un répit sécuritaire à Uvira, mais elle confirme que l’Est du pays est désormais le théâtre d’une lutte d’influence majeure entre puissances mondiales pour le contrôle du futur énergétique.
Hugo Rober MABIALA