Un opposant rwandais décapité en Ouganda : Freedom house appelle les autorités à « enquêter et renforcer la protection des exilées »

L’ombre d’une traque hors des frontières plane de nouveau sur les opposants au régime rwandais. Robert Kabera, 50 ans, ancien sergent-major de l’armée rwandaise devenu une figure virulente de la contestation en exil, a été retrouvé mort en Ouganda le week-enddernier. Selon des informations rapportées par la BBC, le corps sans vie de ce réfugié politique a été découvert par des riverains dans la banlieue de Kampala. Lundi, le porte-parole de la police ougandaise, Kituuma Rusoke, a précisé que la victime avait été décapitée et que sa tête n’avait « toujours pas été retrouvée ». D’après sa famille, le quinquagénaire s’était rendu sur un chantier de construction à 45 kilomètres de la capitale avant d’être assassiné.

Cet événement a immédiatement suscité l’inquiétude des organisations de défense des droits humains. L’ONG Freedom House a vivement réagi à ce drame en dénonçant les méthodes ciblées contre les voix critiques : « Nous sommes profondément préoccupés par les informations faisant état d’un possible cas de répression transnationale en Ouganda », a déclaré l’organisation dans un post sur son compte X. Dénonçant le fait que « ce demandeur d’asile est le dernier dissident rwandais assassiné hors des frontières du pays », Freedom House s’est directement adressée aux responsables locaux : « Nous appelons les autorités ougandaises à enquêter rapidement et minutieusement sur cet incident et à renforcer la protection des autres personnes exilées confrontées à des menaces ».

Pour la famille de la victime, ce meurtre plonge les proches dans un désarroi total. Robert Kabera avait fui le Rwanda après des accusations d’agression sexuelle qu’il niait, avant de bâtir une large audience sur internet. Sa chaîne YouTube comptait plus de 144 000 abonnés et 800 vidéos critiquant le président Paul Kagame. Sa veuve, Jeanne d’Arc Rwigema Uwizeye, a confié son désespoir dans un message transmis à BBC Great Lakes : « C’est effrayant. Je me sens folle, les enfants et moi n’avons aucune sécurité », a-t-elle témoigné, disant craindre désormais pour sa propre vie et celle de ses enfants.

Le gouvernement rwandais n’a pas commenté l’affaire. Cette mort s’ajoute à une liste tragique d’opposants éliminés à l’étranger dans des circonstances similaires, rappelle la BBC. En 2014, Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements rwandais devenu figure de l’opposition, avait lui aussi été retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel à Johannesburg, en Afrique du Sud. À la suite de cet événement, le président Paul Kagame avait tenu des propos perçus comme une mise en garde directe envers ses détracteurs : « Toute personne vivante qui comploterait contre le Rwanda, qui qu’elle soit, en paiera le prix. Quel qu’il soit, ce n’est qu’une question de temps », avait-il asséné. Un avertissement qui trouve un écho sinistre après la découverte du corps de Robert Kabera.

La Rédaction

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