À Kinshasa, l’Union sacrée s’inscrit désormais dans la logique de l’affrontement total. La publication de la note circulaire du Secrétaire permanent de l’Union Sacrée de la Nation (USN), le professeur André Mbata, traduit la radicalisation du pouvoir. Réagissant à l’officialisation de la prise de direction de la rébellion armée du Front pour la Refondation de la Nation (FRN) par l’ancien président Joseph Kabila, la majorité présidentielle opte pour la mobilisation générale de la rue.

Le texte signé par le professeur Mbata consacre une rupture irréversible et plante le décor divise d’un duel sans merci. Pour l’Union sacrée, l’heure n’est plus à la nuance mais à l’alignement inconditionnel derrière Félix Tshisekedi. « la Nation congolaise a tristement suivi la sortie médiatique de Mr Joseph KABILA KABANGE, ancien Président de la République condamné à mort pour haute trahison, fondateur et commandant en chef de AFC/M23 », écrit Mbata.
En qualifiant l’ex-chef de l’État de « pyromane » et de « récidiviste », la coalition au pouvoir fige le jeu politique dans un schéma manichéen. Elle oppose la légitimité des urnes à ce qu’elle qualifie d’entreprise criminelle soutenue par le voisin rwandais, écartant toute possibilité d’un compromis négocié.

Consolidation des alliances…
Derrière l’appel patriotique se cache un objectif de verrouillage politique interne. L’effet recherché est d’imposer un test de loyauté à l’ensemble de la classe politique et de préparer une réforme constitutionnelle ciblant directement l’ancien président. « La réforme constitutionnelle à laquelle le peuple congolais appelle de tous ses vœux devrait notamment prescrire qu’un ancien Président de la République condamné à titre définitif ou qui prend les armes contre son pays ne puisse pas se prévaloir de la qualité de sénateur à vie », lit-on dans la circulaire d’André Mbata.
Pour l’opposition institutionnelle et les acteurs indépendants, la marge de manœuvre s’amenuise. Le Secrétaire permanent ajoute fermement que : « dans les circonstances actuelles de l’agression, chaque congolaise et chaque congolais devrait clairement prendre position, y compris ceux qui avaient au départ exigé leur présence au dialogue national, car le silence ou l’inaction constituerait un crime ».
Le résultat réel de cette consigne est une mise au ban systématique de toute voix dissonante. En assimilant le silence ou la neutralité à une complicité de haute trahison, l’Union sacrée contraint les partis indécis soit à l’allégeance, soit à la clandestinité.
La canalisation de la colère populaire
Confronté à la dégradation sécuritaire dans l’Est et à un climat social tendu, le pouvoir utilise la rue comme une soupape de sécurité. La directive impose d’organiser des manifestations patriotiques pour orienter la frustration collective vers un ennemi intérieur et extérieur désigné. André Mbata demandla aux membres de l’USN d’ « observer toutes affaires cessantes les dispositions qui s’imposent afin de vous mobiliser contre l’axe du mal représenté par le rebelle Joseph Kabila Kabange, ses parrains, ses complices et tous les autres traîtres à la patrie ».
Les limites et revers stratégiques
Si cette approche permet de resserrer les rangs à Kinshasa, elle se heurte aux réalités du terrain. Un observateur fait remarquer qu’une marche populaire, aussi massive soit-elle, ne saurait pallier les carences logistiques de l’armée ni combler l’absence de victoires militaires probantes.
Pour lui, le refus d’ouvrir le moindre espace de dialogue risque d’inquiéter les partenaires internationaux du pays. « En confondant réponse militaire, agitation partisane et réformes institutionnelles punitives, l’Union Sacrée prend le risque d’aggraver la fracture nationale au moment même où l’unité du pays est la plus menacée », alerte-t-il.
Focus-Actu