La situation sécuritaire dans le haut-plateau du Sud-Kivu, particulièrement à Minembwe, reste marquée par des violences que les autorités provinciales attribuent à une stratégie délibérée de l’ennemi. Lors d’un briefing spécial tenu jeudi 2 avril au studio Maman Angebi de la RTNC, le gouverneur Jean-Jacques Purusi Sadiki a pointé une “tactique bien structurée” visant à contraindre les populations civiles à quitter leurs milieux de vie.
Sur les récents affrontements ayant coûté la vie à des militaires congolais, l’autorité provinciale affirme : « À Minembwe, il y a tout simplement une tactique bien structurée, bien organisée par le Rwanda. » Dans son intervention, il soutient que cette stratégie intervient dans un contexte où, selon lui, les forces congolaises enregistrent des avancées sur le terrain. « Nous sommes en train de gagner partout », a-t-il insisté, saluant au passage l’action des FARDC, des volontaires pour la défense de la patrie ainsi que des alliés burundais.
Le gouverneur évoque une méthode déjà observée à Uvira, consistant à forcer des populations à suivre les combattants vers les zones sous leur contrôle. « Il s’agit d’une tactique de déportation forcée des populations », a-t-il expliqué, précisant que des membres des communautés banyamulengue auraient été contraints, « le doigt à la gâchette », de rejoindre des zones comme Kamanyola ou Bukavu. Face à ce refus, il affirme que des exactions auraient été commises : « Ils ont d’abord commencé par torturer, violer, enlever et tuer. »
Dans le même registre, il dénonce des actes visant à terroriser les civils, notamment la destruction massive de bétail : « Plus de 90% des vaches ont été massacrées », soutient-il, y voyant une pression supplémentaire pour forcer les déplacements. Malgré cela, il affirme qu’une partie importante des populations concernées a résisté, déclarant : « Nous sommes congolais … Pourquoi on doit vous suivre ? »
Sur la situation à Uvira, le gouverneur rejette les inquiétudes liées à une supposée persécution des Banyamulengue, qu’il qualifie de manipulation. « Oui, c’était un montage de l’ennemi », a-t-il répondu, assurant que « les communautés Banyamulengue vivent très bien » aux côtés des autres groupes, citant une cohabitation normale dans les quartiers et même au sein des forces de défense.
Sur le plan institutionnel, il fait état d’un retour progressif de l’autorité de l’État dans les zones affectées. « Les institutions sont de retour », a-t-il indiqué, précisant que les juridictions civiles et militaires sont déjà opérationnelles à Uvira. Il évoque également des mécanismes locaux de gestion de crise et de cohésion sociale, notamment un cadre permanent de concertation et le système des “nyumbakumi”, c’est-à-dire des chefs de dix maisons chargés d’encadrer les ménages au niveau local pour renforcer la sécurité de proximité et la circulation de l’information.
Concernant la crise humanitaire, le gouverneur avance des chiffres importants : environ « 1,2 million de personnes déplacées » et « à peu près 800 000 » réfugiés dans les pays voisins, notamment en Tanzanie et au Burundi. Il annonce par ailleurs la tenue prochaine d’une commission tripartite avec le HCR et le Burundi pour organiser le retour des réfugiés.
De son côté, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, est revenu sur les informations faisant état d’un retrait des troupes rwandaises. Il appelle à la prudence : « Certains éléments montrent que cela n’est pas encore le cas, que ce sont des repositionnements. » Il rappelle que ces mouvements s’inscrivent dans le cadre des mécanismes de suivi de l’accord du 4 décembre 2025, sous médiation américaine.
Dans la même veine, le gouverneur reste sceptique quant à un retrait volontaire. « S’il n’y a pas la contrainte ces gens ne vont jamais quitter », affirme-t-il, évoquant notamment les enjeux économiques liés aux ressources minières du Sud-Kivu.
Au-delà du front militaire, les autorités provinciales alertent sur les risques de graves violations des droits humains dans les zones encore occupées, appelant la communauté internationale à accorder « la même importance aux crimes graves » commis dans cette partie du pays.
Osée MABIALA