Dans la discrétion de la 6e rue Limete, quartier résidentiel, se dessine peut-être l’avenir de la République démocratique du Congo. Une dynamique nouvelle semble rompre avec les antagonismes anciens. Sous la conduite de l’archevêque Dodo Israël Kamba, le Conseil Interreligieux Congolais (CIC) est en passe de réussir un pari audacieux : fédérer la société civile autour d’un front commun pour la paix. L’objectif est désormais clair : l’établissement d’une Commission Vérité, Réconciliation et Cohésion nationale.
Mercredi dernier, une étape cruciale a été franchie avec l’adhésion des autorités coutumières. Reçue par le CIC, une importante délégation des autorités coutumières, conduite par trois grands chefs (leurs Majestés Mfumu Difima, Nembalemba et le prince Ekanga, représentant Mwami Mulongo), a tenu à rassurer ses hôtes sur l’implication des chefs traditionnels dans ce processus de guérison nationale. Pour ces derniers, la légitimité ancestrale constitue le socle sur lequel doit reposer toute tentative de pacification. « Nous voudrons ici garantir le CIC de cette positivité de l’autorité coutumière », a affirmé l’un d’eux avec une solennité teintée d’optimisme, comparant cette première approche à une « pré-dot », une étape préparatoire augurant une union durable.
Cette alliance entre le spirituel et le temporel dépasse la simple formalité protocolaire. Pour Dodo Kamba, l’implication des chefs traditionnels est une nécessité structurelle. « On ne peut rien faire sans se référer à eux », a martelé le prélat, plaidant pour une « co-mission » où les dépositaires de la tradition exerceraient une influence réelle sur les décisions.
La société civile au gouvernail
Après avoir consulté les forces politiques et le corps diplomatique, le CIC est désormais entré dans une phase décisive : celle des échanges avec la société civile. Dans la vision défendue par l’archevêque Dodo Kamba, c’est à cette dernière que reviendra la lourde responsabilité de piloter la future Commission. Le CIC a déjà recueilli les avis des organisations de jeunesse, ainsi que du Cadre de concertation de la société civile. Ce jeudi, c’est au tour du CAFCO, organisation phare des femmes congolaises, d’apporter sa pierre à l’édifice.
Alors que l’Est du pays demeure meurtri par les violences, cette initiative cherche à substituer au fracas des armes l’exigence d’une introspection nationale. En plaçant la vérité au cœur du dialogue, le CIC espère transformer les conflits récurrents en une paix définitive. « Là où il y a la guerre, l’autorité coutumière est la première concernée », a rappelé Mfumu Difima, soulignant que la résistance sur le terrain doit désormais se doubler d’un effort de cohésion à Kinshasa. Le chemin est encore long, mais le front de la paix, lui, est, semble-t-il, plus que jamais en marche.
MATSHI Darnell