Kinshasa : Accusé de sorcellerie et passé tabac : l’infernale traversée de Jeidy Kiala

Un drame familial sur fond de superstitions et de violences physiques a failli coûter la vie au jeune Kiala Jeidy. Accusé à tort de sorcellerie par sa propre famille, le jeune homme a dû fuir précipitamment le territoire congolais après avoir échappé de justesse à une tentative d’assassinat.

Tout bascule le 2 janvier 2024. Dans le quartier lutendele où réside la famille Kiala, la mort subite et inexpliquée d’un de ses cousins déclenche une vague de suspicion. Sans l’ombre d’une preuve médicale, les soupçons de la famille se portent immédiatement sur Jeidy. Désigné comme le bouc émissaire de la tragédie, il est violemment pris à partie et roué de coups. « Ils l’ont tabassé à mort sous nos yeux. C’était d’une cruauté insoutenable », confie sous couvert d’anonymat un voisin de la parcelle. « Chaque fois qu’il y avait un problème ou un malheur dans cette maison, c’était toujours sur Jeidy que ça tombait. Il servait de cible facile ».

Malgré le dépôt d’une plainte auprès des services de police locaux, la protection promise par les autorités reste inefficace, ce qui n’a fait qu’attiser la colère de ses proches.

L’escalade atteint son paroxysme au début du mois d’avril 2024. Guidés par des consultations auprès de féticheurs, la mère de Jeidy, ainsi que ses propres frères et sœurs, basculent dans la démence rituelle. Dans la nuit du 3 au 4 avril, Jeidy échappe de peu à une tentative de meurtre orchestrée au sein même de son foyer.

Un habitant de la rue, témoin des tensions quotidiennes, déplore ouvertement la dérive de la famille : « C’est lamentable de voir une mère et des frères se retourner contre leur propre sang à cause des paroles de charlatans. Jeidy est un garçon calme. On le voyait souffrir en silence. Cette nuit-là, s’il n’avait pas réussi à s’enfuir par miracle, ils l’auraient achevé ».

Traqué, abandonné par les siens et sans aucun recours sécuritaire viable à Kinshasa malgré une seconde démarche auprès des autorités, Kiala Jeidy n’a eu d’autre choix que de prendre le chemin de l’exil. Le 25 mai 2024, il franchit la frontière vers l’Angola voisin, laissant derrière lui sa terre natale et le cauchemar d’une famille devenue bourreau.

La Rédaction

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