RDC : un rapport du département d’État américain alerte sur l’intensification des attaques de l’EI-RDC en 2023

Un rapport récemment publié par le département d’État américain dresse un tableau sombre de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Ce document met en lumière une intensification des violences perpétrées par l’État islamique en RDC (EI-RDC), aussi connu sous le nom de Forces démocratiques alliées (ADF). Actif principalement dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, ce groupe armé est responsable de centaines de morts et continue de représenter une menace majeure pour la stabilité régionale.

Une année marquée par des attaques meurtrières

Selon le rapport, l’EI-RDC a mené des attaques particulièrement violentes en 2023, causant la mort de plus de 450 personnes en Ituri et de 340 autres dans le Nord-Kivu entre décembre 2022 et novembre 2023. Ces violences incluent des meurtres ciblés, des attaques de représailles et l’utilisation accrue d’engins explosifs improvisés sophistiqués.

Des attaques précises sont détaillées dans le document. Le 15 janvier, une explosion à l’engin explosif improvisé dans une église de Kasindi a tué 14 personnes et blessé 75 autres. Quelques jours plus tard, le 25 janvier, une autre explosion sur un marché à Beni a fait 18 blessés, dont 10 enfants. Plus récemment, dans la nuit du 23 octobre, l’EI-RDC a attaqué la localité d’Oicha, dans le territoire de Beni, tuant 26 civils, dont 12 enfants.

Ces violences, estime le rapport, témoignent de la capacité du groupe à s’adapter et à poursuivre ses activités malgré les opérations militaires en cours.

L’opération Shujaa et les efforts militaires conjoints

Le document souligne les efforts entrepris par les Forces armées congolaises (FARDC) et leurs partenaires régionaux, notamment les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF), dans le cadre de l’opération Shujaa. Ces actions militaires, incluant des frappes aériennes et des opérations terrestres, ont permis de démanteler certaines bases de l’EI-RDC, de disperser ses combattants et de perturber ses réseaux de financement.

Malgré ces avancées, l’EI-RDC reste mobile et meurtrier. Le rapport précise que les combattants du groupe continuent de recruter par la coercition, l’idéologie et des incitations financières, tout en bénéficiant de soutiens logistiques locaux et régionaux.

Un système de gestion des frontières défaillant

Le rapport met également en lumière les failles dans la gestion des 11 000 kilomètres de frontières que partage la RDC avec neuf pays voisins. La faiblesse de la surveillance frontalière favorise les infiltrations, le transit de marchandises illicites, y compris des composants pour engins explosifs, et le déplacement des combattants. Le groupe utilise rarement les postes frontières officiels, exploitant plutôt des voies informelles pour contourner les contrôles.

Progrès législatifs mais défis persistants

Sur le plan législatif, le rapport souligne que la RDC a adopté des lois importantes, notamment sur le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent. La loi n° 23/001 relative à l’aviation civile, adoptée en janvier, vise également à renforcer la sécurité dans ce secteur. Cependant, le document déplore l’absence d’une législation complète de lutte contre le terrorisme.

Malgré ces initiatives, la RDC figure toujours sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), indiquant que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour renforcer son cadre de lutte contre le terrorisme et son financement.

Une menace régionale et internationale

Le rapport insiste sur l’importance de la coopération régionale et internationale dans la lutte contre l’EI-RDC. La RDC, membre de la Coalition mondiale contre l’EI, a participé à des réunions internationales et signé des accords bilatéraux, notamment avec l’Ouganda, pour faciliter le retour et la réintégration des anciens combattants.

Malgré ces initiatives, le département d’État américain met en garde contre l’ampleur de la menace que représente l’EI-RDC, non seulement pour la RDC mais également pour ses voisins.

Une situation préoccupante

Le rapport rappelle que l’EI-RDC est devenu l’un des groupes armés les plus meurtriers de la région, exploitant la fragilité des structures étatiques et l’instabilité persistante dans l’est de la RDC. « Les efforts militaires et législatifs en cours sont des pas dans la bonne direction, mais ils doivent être accompagnés d’un renforcement de la coopération internationale et d’une gestion frontalière efficace », indique le document.

Face à cette réalité, les défis sécuritaires demeurent immenses, nécessitant une mobilisation accrue pour prévenir une escalade de la violence.

Osée MABIALA

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