La crise sécuritaire persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo a des conséquences dramatiques sur l’éducation. Lors du briefing presse de ce mardi 4 mars 2025 à la RTNC1, la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga, a dressé un état des lieux alarmant du secteur éducatif dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
La ministre a révélé que 1 483 écoles ont été contraintes de fermer leurs portes, empêchant des milliers d’élèves de poursuivre leur scolarité. À ces fermetures s’ajoutent 35 établissements totalement détruits par les bombardements, réduisant encore davantage l’accès à l’éducation dans ces régions en proie aux violences. Le manque de ressources est également un problème majeur, puisque 45 écoles sont désormais dépourvues de mobilier, rendant l’apprentissage encore plus difficile.
Elle a également indiqué que trois écoles sont actuellement occupées par des groupes armés, tandis que de nombreuses autres servent d’abris aux populations déplacées, forçant ainsi des centaines d’élèves à abandonner leur scolarité. Au total, plus d’1,1 million d’enfants sont aujourd’hui déscolarisés, et plus de 2 500 écoles sont directement affectées par cette crise, impactant 1,4 million d’élèves.
« Nous avons des écoles détruites par les bombardements, des centaines d’autres occupées par des groupes armés ou transformées en abris pour les déplacés. Cette situation met à mal tous les efforts menés ces dernières années pour améliorer les conditions d’apprentissage », a-t-elle déploré.
Si la destruction des infrastructures est un drame en soi, la ministre a tenu à rappeler que les conséquences les plus graves se mesurent dans les esprits des enfants privés d’école. Loin d’être une simple interruption de parcours scolaire, cette déscolarisation massive pourrait avoir des répercussions sur toute une génération.
« L’impact le plus important, c’est celui qui se joue dans la tête de ces enfants. Ce que nous vivons est un double crime. Ces enfants sont les adultes de demain. En leur retirant aujourd’hui leur éducation, nous préparons une société future profondément marquée par ce qu’elle subit aujourd’hui », a-t-elle alerté.
Elle a également souligné que la peur et l’instabilité ont contraint de nombreux parents à garder leurs enfants à la maison, par crainte des violences. Dans plusieurs zones affectées, la fréquentation scolaire a chuté drastiquement, avec à peine 50 % des élèves présents en classe.
Face à cette crise sans précédent, la ministre a assuré que le gouvernement congolais, en collaboration avec des organisations humanitaires et financières, met en place des mesures exceptionnelles pour éviter l’effondrement total du système éducatif. Parmi ces initiatives, un enseignement à distance sera instauré, afin de pallier la réduction du nombre d’heures de cours et permettre aux élèves de continuer à apprendre.
Elle a précisé que les examens d’État seront adaptés aux réalités des élèves touchés par la guerre, leur offrant la possibilité de les passer dans des conditions spécifiques, différentes du reste du territoire. Le programme scolaire sera également révisé, afin de recentrer l’apprentissage sur les matières essentielles et maximiser le peu de temps d’instruction disponible.
Sur le terrain, la ministre a affirmé que de nouvelles infrastructures adaptées aux contextes de crise seront construites. Une cellule de crise a également été mise en place avec l’UNICEF et d’autres partenaires pour assurer un suivi permanent et coordonner une réponse budgétisée entre l’État et les acteurs humanitaires.
« Notre priorité absolue est d’assurer la sécurité des enseignants et des élèves. Sans cela, toute tentative de reprise de l’éducation reste compromise », a-t-elle insisté.
Alors que la guerre continue de priver plus d’un million d’enfants de leur droit fondamental à l’instruction, la ministre de l’Éducation a réaffirmé la détermination du gouvernement à garantir l’accès à une éducation de qualité, malgré les défis sécuritaires.
« Ces enfants restent nos enfants. Nous devons tout mettre en œuvre pour leur assurer une éducation, car c’est elle qui soutient le développement du pays », a-t-elle martelé.
Osée MABIALA